La sécurité migratoire en France varie selon les villes, les quartiers et les expériences personnelles. Les étudiants étrangers témoignent de contrastes : liberté et opportunités d’un côté, mais aussi discrimination, harcèlement et stigmatisation de l’autre.
Parler de sécurité en France, c’est parler de contrastes. Le pays, célèbre pour son attrait touristique et sa diversité culturelle, offre des expériences différentes selon la ville ou le quartier. Alors que certains endroits inspirent la tranquillité, d’autres suscitent un sentiment constant de vulnérabilité.
Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, jusqu’en 2023, les villes les plus touchées par l’insécurité étaient Paris et Marseille. Pour le sociologue Nicolas Bourgoin, professeur à l’Université de Besançon, cette situation s’explique en partie par la forte densité de population. Dans des villes plus petites, comme Besançon, Dijon ou Mulhouse, beaucoup assurent se sentir en sécurité, même la nuit. Cependant, le chercheur avertit que ces villes ne sont pas exemptes de problèmes : Besançon, par exemple, se classe au troisième rang pour le trafic de drogue, derrière seulement Marseille et Bordeaux.
Le sentiment de sécurité migratoire dépend de certains facteurs
« On m’a proposé de la drogue à cause de mes origines africaines » – Carlos, étudiant sénégalais
La situation change pour de nombreux étudiants migrants. Carlos, jeune Sénégalais de 26 ans, se souvient que, à deux reprises, il a été abordé dans la rue par des individus qui ont tenté de lui vendre de la drogue. « Malgré mon refus ferme, la situation s’est répétée », raconte-t-il. Il est convaincu que ses origines africaines ont fait de lui une cible facile.
Pour comparaison, dix étudiants français âgés de 20 à 35 ans ont également été interrogés, aucun n’ayant rapporté d’expériences similaires. Cette différence révèle un phénomène de stigmatisation envers les migrants. Le professeur Bourgoin l’explique clairement : « La couleur de peau et le statut social influencent la manière dont certaines personnes sont traitées dans l’espace public. ».
La sécurité migratoire pour les étudiants LGBTQ+
« On m’a appelé par un nom qui ne m’appartient plus » – Julio, étudiant argentin
Julio, étudiant argentin transmasculin de 28 ans, est arrivé en France grâce à une bourse pour suivre un master en sociologie. Il avait quitté son pays après un changement politique qui a fragilisé les garanties pour la communauté LGBTQ+. « J’ai toujours vu la France comme un pays ouvert, où les droits seraient respectés. Mais en arrivant à l’université, lors de démarches officielles, on m’a appelé publiquement par un nom qui ne m’appartient plus. Il en a été de même dans des institutions comme la CAF et Ameli », raconte-t-il.
Bien qu’il précise n’avoir jamais subi d’insultes directes, il a remarqué que le personnel administratif manquait de formation pour traiter des cas comme le sien. De plus, il dénonce avoir vécu des épisodes de racisme dans la rue. Bourgoin considère que cette réalité reflète l’urgence de former les fonctionnaires à l’égalité et à la diversité, afin que les services publics répondent aux besoins de l’ensemble de la population.
Les expériences de harcèlement des étudiants migrants dans la vie quotidienne
« Ici, je peux manifester librement, mais j’ai aussi subi du harcèlement » – Hany, étudiant iranien
Hany, jeune Iranien de 20 ans, affirme se sentir libre en France comparé à son pays d’origine : « Ici, je peux manifester, je peux descendre dans la rue. En Iran, c’est impossible : cela implique prison et torture ». Néanmoins, il reconnaît avoir été confronté à du harcèlement dans la rue et dans les transports en commun. « On m’a souvent suivi ou j’ai senti des regards étranges. Cela m’a fait me sentir en insécurité ».
« On m’a suivie jusqu’à la porte de ma résidence » – Zhu étudiante chinoise
De manière similaire, Mei, étudiante d’origine chinoise âgée de 30 ans, raconte que, à deux reprises, elle a été suivie par des inconnus jusqu’à la porte de sa résidence à Besançon, qui insistaient pour obtenir son numéro de téléphone. « J’ai refusé immédiatement, mais cela m’a fait peur. Maintenant, je vis dans une ville plus grande, où je constate davantage d’insécurité, surtout à cause du manque de vigilance des gens avec leurs affaires », commente-t-elle.
La pauvreté précarise les étudiants étrangers
Pour Bourgoin, la pauvreté est étroitement liée aux quartiers de migrants, ce qui alimente les préjugés. « Cela ne signifie pas que les migrants sont des délinquants. Ce qui se passe, c’est qu’en commençant de zéro et avec moins de ressources, ils rencontrent plus de difficultés pour s’intégrer. », explique-t-il. En France, environ 18 % de la population vit dans la pauvreté, une réalité qui ne concerne pas seulement les étrangers, mais qui frappe plus durement ceux qui arrivent d’autres pays.
Le sociologue souligne également que les villes frontalières, comme Lille, Marseille, Bordeaux ou Grenoble, sont plus vulnérables à l’insécurité. Cependant, il insiste sur le fait que les problèmes ne se résolvent pas uniquement par la répression : « Il est essentiel d’investir dans l’éducation, l’emploi et des campagnes de sensibilisation qui promeuvent le respect et l’égalité. La sécurité se construit avec des opportunités. ».


