Débats sur l’augmentation de l’endettement public, un contrat naval de 10 milliards de livres avec la Norvège et de nouveaux financements pour la garde d’enfants : la reprise des questions au Premier ministre britannique, Keir Starmer, après l’été, a donné lieu à des échanges animés entre députés à la Chambre des communes.
Le Premier ministre, Keir Starmer, a insisté sur ce qu’il présente comme un investissement record de 120 milliards de livres durant sa première année au pouvoir. Selon lui, ce plan massif est destiné à reconstruire le pays après que les conservateurs auraient « détruit l’économie ». Mais il a averti que la croissance « prendrait du temps ».
Starmer a été interpellé sur l’économie par la cheffe conservatrice Kemi Badenoch, et sur des sujets plus internationaux par le leader libéral-démocrate, Sir Ed Davey : atrocités à Gaza, respect de la Convention européenne des droits de l’homme, et visite d’État imminente du président américain Donald Trump.
Durant cette demi-heure, d’autres députés ont aussi abordé la fiscalité sur les jeux d’argent, la protection des sportifs, l’avenir du monde agricole et l’investissement dans les programmes spatiaux.
Un rendez-vous décisif pour l’automne politique
Les Questions au Premier ministre ou PMQs en anglais sont le nom d’une séance hebdomadaire du Parlement britannique.
Devenues populaires sous Margaret Thatcher, les PMQs sont devenus un rituel très suivi à cause des joutes verbales entre la dame de fer et Neil Kinnock ont marqué les esprits. Les PMQs représentent un moment de confrontation important à l’approche de l’automne. Le mois d’août avait été dominé par les débats sur l’immigration illégale, le Royaume-Uni ayant enregistré un nombre record de petites embarcations arrivant sur ses côtes.
Le gouvernement travailliste de Keir Starmer est en difficulté : le parti Reform UK de Nigel Farage séduit de plus en plus d’électeurs. Selon un sondage YouGov du 1er septembre 2025, 28 % des personnes interrogées voteraient pour Reform contre 20 % pour le Labour si une élection générale avait lieu immédiatement.
Chaque réponse de Starmer lors de ces séances très particulières devient cruciale pour façonner l’image de son gouvernement.
Des séances de questions devenues très populaires
Les Questions au Premier ministre (PMQs) sont devenues l’un des moments les plus emblématiques de la politique britannique. Plus de 81 % de la population en a entendu parler, ce qui en fait l’un des rituels parlementaires les plus connus et suivis.
L’ambiance est tout sauf calme : huées bruyantes, des appels répétés du speaker qui crie « Order! » pour ramener le silence, députés se levant et s’asseyant sans cesse pour tenter d’attirer l’attention.
Créées en juillet 1961 puis rendues permanentes en octobre de la même année, ces séances offrent à chaque député une rare occasion d’interroger directement le Premier ministre sur les affaires gouvernementales. Cela peut déboucher sur des échanges mémorables. En 1997 par exemple, Tony Blair avait décoché à John Major : « La grande différence entre lui et moi, c’est que je dirige mon parti, et lui se contente de suivre le sien. »
Comment ça marche ?
Depuis 2003, les PMQ se tiennent chaque mercredi, quand la Chambre siège, à midi, pour au moins une demi-heure.
Les députés qui souhaitent poser une question s’inscrivent à un tirage au sort appelé « the shuffle ». Quinze noms sont choisis, et le premier sur la liste commence toujours par une question ouverte sur les engagements du Premier ministre. Ensuite, il peut poser une question de fond sur le sujet de son choix. Le Speaker, élu parmi les députés, décide quand clore la séance, ce qui prolonge souvent l’exercice au-delà de 30 minutes.
Les débats peuvent déraper
PMQs n’a jamais été à l’abri de la controverse. Début juillet, la Chancelière de l’Échiquier, Rachel Reeves, a semblé fondre en larmes après des attaques virulentes sur ses règles budgétaires et sa réforme des aides sociales.
« Elle a l’air absolument misérable », a lancé Kemi Badenoch dans l’hémicycle.
« Les députés travaillistes le disent eux-mêmes : elle est finie. La réalité, c’est qu’elle sert de bouclier humain à l’incompétence de Starmer. »
Interrogé ensuite par la BBC, Keir Starmer a défendu sa ministre : « Elle a expliqué qu’il s’agissait d’une affaire personnelle. Elle fait un excellent travail comme chancelière et cela n’a rien à voir avec ce qui s’est passé cette semaine. Elle restera chancelière pendant longtemps. »
Des échanges devenus icôniques
L’histoire de PMQs regorge également d’échanges devenus cultes. En avril 2022, Richard Thomson, député du SNP, avait traité Boris Johnson de « Premier ministre Pinocchio » en pleine affaire du “partygate”.
Le Partygate est un scandale politique qui a éclaté au Royaume-Uni en 2021-2022, quand la presse a révélé que des fêtes et des rassemblements avaient eu lieu à Downing Street et dans d’autres bureaux gouvernementaux pendant les confinements liés au Covid-19.


