C’est un événement que personne n’imaginait : Israël a frappé la capitale du Qatar. Des missiles ont visé Doha en plein après-midi, officiellement pour cibler des responsables du Hamas, alors même que des discussions de trêve étaient en cours.
Un diplomate de la région, encore sous le choc, a résumé la situation en deux mots : « totalement inédit ».
Jusqu’ici, malgré les guerres et les escalades, le Qatar apparaissait comme un médiateur incontournable, un lieu de dialogue où les négociations pouvaient se tenir. Avec cette frappe, Doha bascule de capitale diplomatique à terrain de confrontation.
Israël avait, bien sûr, des dirigeants du Hamas dans le viseur
Les médias israéliens ont indiqué que la cible principale était un groupe de hauts responsables du Hamas, parmi lesquels Khalil al-Hayya, Zaher Jabarin, Khaled Meshaal et Mohammad Darwish. Le Hamas a confirmé la mort de cinq de ses membres, tout en affirmant qu’aucun des négociateurs n’était concerné.
Israël n’a pas précisé qui avait été touché, mais a revendiqué une opération « optimale et précise ».
Pour beaucoup, cette attaque représente un rejet brutal de la voie diplomatique. Même l’association des familles d’otages israéliens, qui milite pour le retour d’une cinquantaine de captifs encore retenus à Gaza, s’est dite profondément inquiète. Elle redoute que les chances de voir leurs proches libérés n’aient jamais été aussi faibles.
Depuis l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, le conflit s’est propagé bien au-delà de Gaza : frappes en Syrie, heurts au Liban, attaques de drones en Irak et en Jordanie, échanges de feu avec l’Iran. Aujourd’hui, c’est le Qatar, jusque-là épargné, qui se retrouve directement visé.
Ce n’est pas la première fois que Doha est prise dans la tourmente. En juin, l’Iran avait déjà lancé une salve de missiles vers le Qatar, en représailles aux bombardements israéliens et américains sur son territoire. Le pays abrite la base américaine d’Al Udeid, la plus grande de la région, siège avancé du commandement central des forces US.
La colère du Qatar et des voisins
Doha a immédiatement condamné une attaque « criminelle » et « irresponsable », et dit qu’il s’agit d’une violation flagrante de sa souveraineté et d’un danger pour la sécurité de sa population.
Rapidement, un concert de condamnations s’est élevé dans la région. L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, la Turquie et le Liban ont dénoncé une « agression lâche » et une menace pour l’ensemble du Moyen-Orient.
La diplomatie turque a été encore plus directe : « Ce geste ne cherche pas la paix, il cherche à prolonger la guerre. »
Officiellement, Benjamin Netanyahu a affirmé que l’attaque était une décision « entièrement indépendante ». Mais il est difficile d’imaginer qu’Israël ait agi sans prévenir Washington. La Maison Blanche a d’ailleurs reconnu avoir été informée à l’avance, et avoir prévenu les autorités qataries.
Ce feu vert américain souligne à quel point Israël se sent désormais renforcé par le soutien de Donald Trump, son allié le plus puissant et principal fournisseur d’armes.
Quelques heures plus tôt, un attentat revendiqué par le Hamas à Jérusalem avait tué six passagers d’un bus, tandis que quatre soldats israéliens mouraient dans la bande de Gaza. Netanyahu a présenté l’attaque contre Doha comme une réponse directe.
« Les jours où les chefs terroristes pouvaient se cacher sont révolus », a-t-il martelé.
Le chef du parti démocrate, Yaïr Golan, a critiqué le choix du timing : « Netanyahu aurait pu frapper ces responsables à d’autres moments. Aujourd’hui, cela met en danger la libération des otages, qui devrait rester notre priorité absolue. »
La fin du rôle de médiateur qatari
L’une des conséquences immédiates de la frappe est l’annonce par Doha de son retrait des négociations de trêve. Le Qatar, jusqu’ici médiateur clé, ne jouera plus ce rôle après avoir vu sa capitale transformée en cible.
Cela réduit encore les chances d’un accord et laisse entrevoir une escalade supplémentaire. Pendant ce temps, Israël poursuit son offensive à Gaza : 800 000 habitants de Gaza City ont reçu l’ordre d’évacuer, tandis que le ministre de la Défense a menacé de « raser » la ville si le Hamas ne se rendait pas.


