À peine nommé à Matignon, Sébastien Lecornu a pris une décision symbolique mais hautement politique : il enterre le projet de suppression de deux jours fériés prévu dans le budget 2026. L’idée de son prédécesseur, François Bayrou, de retirer le lundi de Pâques et le 8 mai avait provoqué un tollé dès son annonce.
« J’ai décidé de retirer la suppression de ces deux jours fériés », a-t-il confié dans un entretien accordé à plusieurs journaux régionaux ce week-end. En annulant cette mesure, il se positionne dès ses premiers jours comme un chef de gouvernement désireux d’écouter la population et de rompre avec la rigidité de l’équipe précédente.
Mais ce geste populaire ne règle pas tout. Il laisse un trou dans les comptes publics et oblige à trouver de nouvelles recettes. Lecornu le reconnaît : « Si on abandonne cette idée, il faudra compenser autrement. »
Le budget, toujours sous pression
L’agence Fitch a abaissé vendredi la note de la dette française à cause de la fragilité de la situation financière du pays. Pour le nouveau Premier ministre, sa crédibilité est en jeu. À 38 ans, l’ancien ministre des Armées promet une « trajectoire saine » pour les finances.
L’hypothèse d’un impôt sur la fortune revient dans le débat, inspirée par l’économiste Gabriel Zucman. Lecornu ne ferme pas la porte, mais insiste : il faut protéger l’investissement et l’emploi. « On doit travailler sans idéologie », martèle-t-il.
Eric Lombard, ancien ministre de l’Économie qui a quitté le gouvernement en même temps que Bayrou, salue de son côté l’abandon des coupes dans le calendrier et plaide pour que les efforts portent davantage sur les plus riches, mais sans décourager l’activité.
Lecornu restera-t-il?
Pour autant, le démarrage de Lecornu est loin d’être triomphal. Selon un sondage Ipsos/BVA, seuls 16 % des Français ont une opinion favorable de lui, un score encore plus bas que celui de Bayrou au moment de son arrivée à Matignon. La défiance est telle que six Français sur dix estiment qu’il n’arrivera pas à trouver un compromis budgétaire avec les oppositions.
Emmanuel Macron, lui-même au plus bas dans les enquêtes, ne lui offre pas un appui solide : sa cote s’effondre, même parmi ses soutiens. Pendant ce temps, Jordan Bardella grimpe dans les intentions de vote, incarnant pour une partie de l’opinion une alternative prête à gouverner.
Marine Le Pen déjà en embuscade
La patronne du Rassemblement national n’a pas attendu pour attaquer le nouveau Premier ministre. Lors d’un meeting à Bordeaux, devant plus de 6 000 militants, elle a annoncé la couleur : selon elle, le gouvernement Lecornu sera censuré « dans quelques semaines ou quelques mois ».
Sans même envisager un dialogue, elle a moqué un Premier ministre réduit, selon elle, à des « consultations » improductives. Devant ses partisans, elle a réaffirmé son ambition : « Demain, nous le ferons ».


