Un virage vers le soutien de la demande
Le texte de l’exécutif européen démontre que le premier volet législatif de 2023 n’a pas produit les effets escomptés par les autorités. Axé uniquement sur l’offre et l’octroi de subventions géantes pour attirer des fonderies étrangères, ce plan a subi un coup d’arrêt après le gel du projet d’Intel en Allemagne. Actuellement, la part de marché mondiale du bloc stagne à 10 %, rendant l’objectif des 20 % irréalisable sans ajustement. Le nouveau projet bascule donc vers des leviers d’achat public d’innovation, transformant les administrations en clients de premier rang pour absorber la production de puces issues des structures émergentes.
Des investissements massifs pour la filière
Pour lier les fournisseurs aux utilisateurs, Bruxelles va instaurer des outils de stimulation commerciale nommés accélérateurs de demande. Ces contrats de pré-production sécuriseront les débouchés financiers des start-ups spécialisées, particulièrement dans l’automobile, l’informatique quantique et l’intelligence artificielle. Les documents internes révèlent que l’écosystème nécessitera 120 milliards d’euros d’investissements publics et privés d’ici 2035, dont 30 milliards d’euros réservés aux fonderies de pointe. L’objectif est de consolider l’ancrage local des puces pour éviter que les pépites technologiques ne soient rachetées par des géants américains ou asiatiques faute de capitaux de croissance suffisants.

Le modèle d’accélération juridique français
Sur le plan administratif, l’Europe veut lever les barrières bureaucratiques en limitant à sept mois les procédures d’autorisation environnementale pour édifier les usines. La France a déjà devancé cette législation par le décret n° 2026-302, simplifiant le contentieux pour les projets d’intérêt national. Paris a parallèlement déployé un milliard d’euros de crédits pour sanctuariser la recherche chez STMicroelectronics. Cette stratégie incite Renault ou Airbus à privilégier des puces souveraines, sécurisant les composants contre un blocus dans le détroit de Taïwan. Enfin, un système de visa européen accéléré verra le jour pour attirer les ingénieurs étrangers indispensables au fonctionnement de ces infrastructures.
« Grâce aux accélérateurs de demande, le Chips Act 2.0 visera également à stimuler l’utilisation de puces conçues et fabriquées dans l’UE en reliant les fournisseurs aux utilisateurs via des accords d’achat ferme et un forum de la demande », précise le rapport de la Commission européenne.
L’éveil tardif mais vital de la souveraineté
Cette réorientation vers la commande publique marque un tournant psychologique crucial pour le vieux continent. En endossant le rôle de client initial, les États européens rompent enfin avec la naïveté industrielle pour adopter un protectionnisme pragmatique, similaire aux méthodes qui ont fait le succès de la Silicon Valley. Pour la France et ses partenaires, l’enjeu dépasse la simple sécurité des approvisionnements automobiles ou militaires. Il s’agit de bâtir un capitalisme technologique autonome, capable de retenir ses cerveaux et ses innovations avant qu’ils ne cèdent aux sirènes des rachats étrangers. À terme, cette stratégie pourrait transformer la commande publique en un véritable bouclier de souveraineté.


