Un déploiement industriel massif en plusieurs phases
La première phase de ce plan stratégique représente un engagement financier de 45 milliards d’euros sur les cinq prochaines années. L’objectif technique fixé par SoftBank est de rendre opérationnelle une puissance informatique de 3,1 GW d’ici la fin de l’année 2031. Les premiers chantiers se concentreront principalement dans la région des Hauts-de-France. Cette localisation géographique a été rigoureusement sélectionnée en raison de sa proximité immédiate avec les grands hubs économiques européens comme Londres, Bruxelles, Amsterdam et Francfort. Cette situation garantit une latence ultra-faible pour le traitement des données indispensables aux entreprises.
La multinationale ne compte pas s’arrêter à ce premier maillage régional. Après la mise en service des premiers sites, SoftBank injectera les 30 milliards d’euros restants pour étendre ce réseau national à d’autres zones stratégiques. Ce financement complémentaire permettra d’atteindre l’objectif global de 5 GW. Le groupe adopte un modèle de financement structuré basé sur des fonds propres et des leviers de dette basés sur les revenus futurs. Le calendrier initial prévoit que les premières infrastructures majeures sortiront de terre dès la fin de cette année pour entamer les phases de test des serveurs de nouvelle génération.
Trois sites stratégiques et des partenariats majeurs
Le déploiement technique initial s’articule autour de trois pôles majeurs : Le Bosquel, Dunkerque et Bouchain. Le campus géant prévu au Bosquel fera office de vitrine technologique pour SoftBank avec une capacité cible de 1 GW. Pour concevoir ce complexe, l’investisseur japonais s’est associé au développeur français d’infrastructures Sesterce. Ce site accueillera des centaines de milliers d’unités de traitement graphique de pointe dotées de systèmes de refroidissement par liquide. L’échéancier prévoit une mise en service accélérée de ce pôle spécifique dès l’année 2028 afin de répondre à la demande immédiate des laboratoires de recherche.
Pour garantir l’assemblage rapide de ces infrastructures, la société d’ingénierie Schneider Electric agira comme un partenaire clé. L’entreprise française va implanter un pôle de fabrication industrielle au Port de Dunkerque pour produire des modules d’alimentation électrique préfabriqués et conteneurisés. Cette méthode de construction optimisée permettra de réduire de plusieurs mois les délais de livraison habituels de ces chantiers complexes. En éliminant les goulots d’étranglement logistiques, SoftBank s’assure ainsi une vitesse d’exécution supérieure à celle de ses concurrents directs sur le marché mondial des infrastructures informatiques à haute densité.

Une opportunité inédite pour la jeunesse et l’emploi
Cette bascule industrielle illustre un tournant géopolitique majeur pour le Vieux Continent. En opposant la robustesse du réseau décarboné français aux fragilités structurelles des grilles électriques américaines, cette décision redessine la cartographie mondiale de la puissance de calcul. Pour l’Europe, l’enjeu dépasse la simple gestion technique ; il s’agit d’une émancipation concrète face à la dépendance historique des géants de la Silicon Valley. L’intégration de formations universitaires locales montre enfin que l’acceptabilité sociale de ces infrastructures énergivores passera par la promesse d’une insertion professionnelle directe pour la jeunesse, transformant une contrainte technique en un véritable tremplin pour l’emploi sur le territoire.
La quête de la souveraineté énergétique et numérique
L’argument décisif qui a convaincu SoftBank de choisir le territoire français réside dans son modèle énergétique unique basé sur le nucléaire. Les centres de données d’intelligence artificielle consomment des volumes astronomiques d’électricité, provoquant des saturations majeures sur le réseau américain. L’énergéticien d’État EDF participe activement à l’accord en cédant une ancienne centrale thermique située à Bouchain. Les ingénieurs vont inverser l’usage des lignes à haute tension existantes pour acheminer l’électricité décarbonée directement vers les serveurs.
« Le fait que le pays soit producteur et exportateur d’énergie est absolument décisif pour les investissements dans l’infrastructure de l’IA », a déclaré Masayoshi Son, fondateur de SoftBank, au journal La Tribune du Dimanche.
Cette déclaration du fondateur Masayoshi Son souligne l’importance cruciale de la stabilité électrique. Ce projet s’inscrit parfaitement dans la stratégie globale de SoftBank, qui possède la majorité de l’architecte de puces Arm et détient d’importantes participations dans OpenAI. En installant ces usines de calcul sur le sol européen, SoftBank offre aux entreprises locales une solution d’hébergement conforme aux exigences de l’EU AI Act, garantissant la protection des données stratégiques face aux législations extraterritoriales.


