BRUXELLES, 9 juillet (Le Parisien Matin) – Le Parlement européen a officiellement ouvert la voie à des négociations cruciales concernant l’instauration d’un euro numérique. Lors d’une session plénière tenue ce 9 juillet, les législateurs ont validé cette initiative souveraine avec 416 voix pour, 169 contre et 22 abstentions.
Ce vote marque une étape déterminante pour l’avenir des paiements au sein de l’Union européenne, avec l’ambition de réduire la dépendance du bloc vis-à-vis des infrastructures de paiement étrangères. Les discussions avec les États membres débuteront dès la fin du mois en cours.
La volonté principale derrière ce projet est de renforcer l’indépendance géopolitique de l’Europe. Aujourd’hui, près des deux tiers des paiements par carte au sein de la zone euro sont gérés par des entreprises non européennes, principalement Visa et Mastercard.
Cette situation laisse une grande partie du marché européen vulnérable face à des décisions prises hors du continent, comme on a pu l’observer lors de sanctions imposées par les États-Unis ayant bloqué des accès aux services de paiement. Treize pays de la zone euro ne disposent actuellement d’aucun réseau de cartes domestique propre, ce qui rend l’infrastructure numérique européenne dépendante d’acteurs dominants comme Apple Pay ou Google Pay.
Les autorités européennes insistent sur le fait que la protection de la vie privée sera au cœur du dispositif technique. Pour éviter que la Banque centrale européenne ne puisse lier directement l’identité des utilisateurs à leurs transactions de détail, des systèmes de vérification cryptographiques seront mis en œuvre. De plus, un mode hors ligne est prévu pour permettre des paiements de pair à pair, garantissant un niveau de confidentialité proche de celui des espèces physiques. L’euro numérique n’est en aucun cas conçu comme un outil de surveillance étatique, mais comme une option supplémentaire de paiement sécurisé, accessible gratuitement pour tous les services de base.
Le concept vise à offrir aux citoyens une alternative aux méthodes privées existantes tout en garantissant le maintien de l’argent liquide. Alessandro Giovannini, conseiller auprès du directeur de l’euro numérique à la Banque centrale européenne, a souligné la philosophie du projet :
« Il ne remplacerait rien, car l’argent liquide resterait disponible et les citoyens pourraient toujours utiliser les méthodes de paiement privées actuelles. »
L’objectif est d’offrir plus de choix aux consommateurs européens. La monnaie numérique pourra être utilisée dans les commerces, en ligne ou lors de transferts entre particuliers, via des applications ou des téléphones mobiles. Pour l’utiliser, il suffira de créer un compte auprès d’une banque ou d’une entité publique comme les services postaux, puis de transférer des fonds. La législation imposera également aux pays de la zone euro de protéger l’accès à l’argent liquide et interdira aux commerçants de refuser les paiements en espèces.
Le calendrier prévoit des pourparlers interinstitutionnels dès ce mois de juillet, suivis de négociations intenses à l’automne, dans l’espoir d’un accord définitif en décembre 2026. Si le processus aboutit, un programme pilote d’infrastructure pourrait être lancé mi-2027 avant un déploiement public en 2029. Plusieurs hurdles restent toutefois à franchir, notamment le mécanisme de rémunération des institutions financières commerciales qui administreront les portefeuilles numériques.
Le secteur bancaire manifeste des inquiétudes concernant les coûts structurels, estimés entre quatre et six milliards d’euros sur quatre ans. Le partage des frais de réseau entre les intermédiaires de paiement devra également être clarifié pour assurer la viabilité du système.
Enfin, les régulateurs doivent mettre en place des plafonds stricts sur les soldes des portefeuilles pour éviter un drainage massif des dépôts bancaires vers l’euro numérique, ce qui pourrait déstabiliser le système financier européen lors de crises potentielles sur les marchés financiers.


