ANKARA, 7 juillet (Le Parisien Matin) – Les dirigeants de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord ont dévoilé de nouveaux contrats d’armement de l’OTAN d’une valeur de plusieurs dizaines de milliards de dollars ce mardi à Ankara, en Turquie, afin de prouver la hausse de leurs investissements militaires avant un sommet crucial avec le président américain Donald Trump. Selon les informations rapportées par l’agence de presse Reuters, cet événement majeur a été mis en place par le secrétaire général de l’organisation, Mark Rutte, lors d’un forum de l’industrie de la défense.
Cette présentation de grande envergure cherche à répondre de manière directe aux critiques exprimées par Donald Trump concernant l’insuffisance des dépenses militaires européennes et leur dépendance excessive envers les États-Unis. Les rapports indiquent que le président américain reste inflexible, réitérant ses exigences de loyauté de la part de ses alliés plutôt que de simples engagements budgétaires suite aux frictions liées au conflit avec l’Iran.
Des investissements massifs dévoilés
Lors de ce forum industriel qui s’est tenu dans la capitale turque, les délégations officielles ont diffusé des vidéos promotionnelles rythmées pendant que les montants cumulés des transactions s’affichaient directement sur les écrans de la salle. Le secrétaire général Mark Rutte a profité de cette tribune pour appeler à une véritable transformation industrielle parmi les pays membres, insistant sur l’urgence absolue de faire face aux dépenses militaires massives de la Russie, de la Chine, de la Corée du Nord et de l’Iran.
« Nous n’avons pas le luxe du temps. Nous avons besoin de capacités maintenant pour garantir que nous restons prêts. La situation sécuritaire l’exige. Le bourdonnement des machines doit devenir un rugissement », a déclaré Mark Rutte lors de son allocution officielle devant les représentants industriels.
Le secteur de la défense en Europe subit régulièrement des critiques en raison de sa fragmentation, de ses lourdeurs administratives et de ses rivalités internes. Ces facteurs structurels ont contraint les pays européens à acheter une large part de leurs armes aux États-Unis. Les rapports financiers soulignent que la faible croissance économique européenne et la nécessité absolue de préserver l’aide sociale rendent la hausse des budgets militaires difficile à faire accepter par les opinions publiques locales.
Les détails des contrats militaires
Les accords commerciaux conclus englobent plusieurs projets multinationaux d’envergure répartis entre l’Europe et le territoire des États-Unis. L’alliance a annoncé le remplacement de sa flotte d’avions radars AWACS vieillissants par dix nouveaux appareils de surveillance GlobalEye fournis par le constructeur suédois Saab. Suite à cette annonce, les actions de l’entreprise Saab ont progressé de plus de Pip pour cent en Bourse, poussant l’institution financière Morgan Stanley à relever sa note globale.
En parallèle, les pays européens achètent des drones de surveillance sophistiqués Triton au fabricant américain Northrop Grumman. Les documents officiels indiquent que les alliés s’engagent formellement à investir plus de quarante milliards de dollars sur les cinq prochaines années pour bâtir des systèmes de défense efficaces contre les attaques de drones.
Un autre volet majeur concerne la signature d’un accord préliminaire entre le géant américain Lockheed Martin et l’allemand Rheinmetall pour produire conjointement des missiles ATACMS en Allemagne. Ce projet représente une étape importante puisqu’il s’agit de la toute première fabrication de ces missiles balistiques de courte portée en dehors des États-Unis. Enfin, quinze nations membres vont mutualiser leurs ressources financières pour acquérir de nouveaux avions de transport et de ravitaillement auprès d’Airbus.

Des relations transatlantiques tendues
Pour contrer les reproches américains, Mark Rutte a rappelé que les alliés européens et le Canada ont dépensé mille deux cents milliards de dollars depuis 2017. En 2025, les investissements ont progressé de quatre-vingt-dix milliards de dollars par rapport à 2024 pour atteindre plus de cinq cent soixante-dix milliards de dollars. Cette hausse découle des craintes liées à l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 et des pressions de Donald Trump, qui a exigé via Truth Social une augmentation des dépenses.
Cependant, les tensions restent vives depuis l’attaque américaine menée en Iran en février. Trump a critiqué le manque de soutien des membres de l’OTAN, menaçant de quitter l’alliance. Les Européens affirment avoir honoré leurs engagements en ouvrant leur espace aérien et leurs bases, bien qu’ils n’aient pas été consultés sur cette guerre impopulaire qui nuit à leur économie. Washington a lancé une évaluation de six mois sur sa présence militaire en Europe et planifie des retraits de troupes.
Le cas de la Turquie et du programme F-35
Le sommet d’Ankara pourrait voir un changement diplomatique majeur. Selon des sources citées par Reuters, Donald Trump, venu rencontrer le président Recep Tayyip Erdogan avant le dîner officiel du mardi soir, pourrait autoriser la Turquie à réintégrer le programme de l’avion de chasse F-35. Ankara avait été exclue en 2019 après l’achat du système antiaérien russe S-400, un point de discorde persistant dans les relations bilatérales.
Cette perspective suscite l’opposition d’Israël. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a mené un lobbying intense auprès de la Maison-Blanche pour bloquer les ventes de F-35 à la Turquie. Le dirigeant israélien avertit que cela compromettrait la supériorité aérienne d’Israël au Moyen-Orient, alors que les relations restent très acrimonieuses avec Recep Tayyip Erdogan.
L’aide à l’Ukraine face à la Russie
Les Européens redoutent de nouvelles critiques du président américain, dont les relations sont instables avec plusieurs dirigeants, comme l’illustre son différend avec la Première ministre italienne Giorgia Meloni. Malgré cela, les membres de l’alliance prévoient de réaffirmer leur soutien à l’Ukraine en promettant une aide de soixante-dix milliards d’euros, soit quatre-vingts milliards de dollars, pour l’année 2026.
La gravité de la situation a été illustrée par les frappes russes de missiles et de drones sur la région de Kyiv lundi, tuant au moins vingt-huit personnes et soulignant la pénurie d’intercepteurs de fabrication américaine.


