BRUXELLES, 19 juillet (Le Parisien Matin) – Le Conseil de l’Union européenne a récemment adopté une série de mesures restrictives ciblant un exécutif russe et cinq entreprises du groupe ABS Electro, spécialisées dans les composants électroniques pour drones de combat. Cette décision, annoncée dans une relative discrétion, marque l’aboutissement d’un processus législatif ardu. Initialement, les ambitions de la Commission européenne pour ce 21e train de sanctions depuis le début du conflit en février 2022 étaient pourtant bien plus vastes.
La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, avait promis une réponse ferme après des frappes russes ayant causé la mort de civils à Kiev.
Toutefois, la réalité politique au sein des vingt-sept États membres a rapidement rattrapé les intentions affichées. Les diplomates européens, confrontés à des désaccords profonds, qualifient désormais ce projet de « l’Emmental », en référence au célèbre fromage suisse percé de nombreux trous. La recherche d’un consensus unanime, indispensable pour toute mesure restrictive, a conduit à l’évaporation des propositions les plus significatives au fil des semaines de négociations.
Des exemptions nationales paralysantes
Le blocage a principalement été causé par la volonté de certains pays de préserver leurs intérêts économiques immédiats. Une mesure phare, visant à interdire l’importation de poissons russes comme le cabillaud ou l’aiglefin, a été purement et simplement abandonnée. Des pays comme l’Allemagne, la Pologne et le Portugal ont fait valoir la dépendance de leurs industries de transformation alimentaire, notamment pour la production de produits de grande consommation. Cette impasse illustre la difficulté de concilier une ligne dure face à Moscou avec les impératifs commerciaux nationaux.
Une dynamique similaire a entravé les discussions sur la mobilité. L’Estonie, soutenue par d’autres nations baltes, avait proposé d’interdire automatiquement l’accès à l’espace Schengen aux anciens combattants russes. Cette initiative s’est heurtée à l’opposition marquée de pays méditerranéens tels que la France, l’Italie et l’Espagne. Ces États, soucieux de ne pas freiner les revenus touristiques en pleine saison estivale, ont empêché toute restriction concrète. Le texte final se contente d’une vague promesse d’étudier des modifications du code des visas, sans engagement contraignant immédiat.
Le dilemme des hydrocarbures et des banques
La question des revenus pétroliers russes a également cristallisé les tensions. Les négociations sur le plafonnement du prix du brut de l’Oural se sont enlisées, contraignant les ambassadeurs à prolonger temporairement le dispositif existant de semaine en semaine pour éviter son expiration. Parallèlement, le dossier du gaz naturel liquéfié est devenu un point de friction majeur avec la Grèce. Athènes s’oppose à l’interdiction pour les navires européens de transporter du gaz russe vers des pays hors de l’Union, arguant que cela ne ferait que transférer l’activité vers des armateurs non-européens sans réduire les revenus du Kremlin.
Sur le plan financier, l’Autriche a également freiné l’adoption globale du paquet en demandant des garanties pour sa banque Raiffeisen. Vienne réclame une compensation pour les pertes liées à la saisie de ses activités russes, une requête jugée inacceptable par de nombreux partenaires européens. Ces derniers estiment qu’une telle intervention inciterait Moscou à cibler davantage d’entreprises européennes encore présentes sur le territoire russe.
« Au regard des mesures concrètes prises par l’un de ces membres à l’encontre de la Russie dans les jours qui ont suivi, cette unité s’est avérée plus difficile à traduire en actions politiques immédiates que ne le laissaient supposer les seules déclarations du sommet. »
Une portée réduite au strict minimum
Face à ces blocages systémiques, l’issue finale est apparue bien éloignée du vaste programme industriel initialement envisagé. Alors que les discussions sur l’industrie de la défense russe devaient constituer le cœur du dispositif, l’Union a dû se rabattre sur des cibles plus étroites. Le paquet a finalement été réduit à des listes individuelles d’entités liées à ABS Electro, un groupe accusé de faciliter la production de drones Shahed et Geran.
Certaines personnalités de premier plan, initialement pressenties pour être sanctionnées, ont également échappé aux mesures suite à des veto nationaux, comme celui de la Bulgarie concernant le patriarche Kirill ou le dirigeant de Lukoil, Vagit Alekperov. Ce 21e train de sanctions souligne, par son contenu limité, la fragilité de la cohésion européenne lorsque les priorités économiques nationales prennent le pas sur l’unité affichée lors des sommets internationaux. Les prochaines échéances de juillet promettent de nouveaux défis pour tenter de trouver un terrain d’entente.


