BRUXELLES, 16 juillet (Le Parisien Matin) – La Commission européenne s’apprête à dévoiler un plan d’action majeur visant à transformer radicalement le paysage énergétique du bloc. Selon des documents consultés à Bruxelles, l’Union européenne se fixe pour objectif de porter la part de l’électricité à 46 % de la consommation énergétique totale d’ici 2040, contre 23 % actuellement.
Ce projet, dont la présentation officielle est prévue ce vendredi, répond directement aux répercussions économiques du conflit impliquant l’Iran, qui a provoqué une flambée des prix des hydrocarbures.
Cette initiative marque une étape décisive pour l’Europe, qui importe aujourd’hui plus de 80 % de son gaz naturel et plus de 90 % de son pétrole. En doublant son taux d’électrification, l’Union cherche non seulement à accélérer sa décarbonation, mais surtout à renforcer sa souveraineté énergétique face à une dépendance jugée trop vulnérable aux fluctuations des marchés internationaux.
Le passage à une économie largement électrifiée permettrait à l’Union européenne de réaliser des économies substantielles. Les projections de la Commission indiquent qu’une telle transition pourrait réduire la facture annuelle des importations de combustibles fossiles de 260 milliards d’euros d’ici 2040. Pour atteindre ces chiffres, le plan mise sur le déploiement massif des véhicules électriques et le remplacement généralisé des chaudières à gaz par des pompes à chaleur dans les foyers européens.
La Commission prévoit d’introduire des mesures législatives dès le quatrième trimestre 2026 pour inscrire ces objectifs dans le droit européen. Ce cadre pourrait inclure des incitations fiscales, telles que des réductions de TVA sur les équipements domestiques comme les batteries et les pompes à chaleur, ainsi que la fin progressive des subventions aux énergies fossiles.
Malgré l’ampleur de ces ambitions, la réussite de ce plan se heurte à des obstacles techniques et économiques considérables. La modernisation des réseaux de distribution d’électricité, vieillissants, exigera des investissements chiffrés en centaines de milliards d’euros. De plus, le coût de l’électricité reste un point de crispation majeur pour le secteur industriel européen.
Certaines entreprises alertent déjà sur la viabilité économique de cette transition. Le rapport souligne d’ailleurs que « les industriels ont déclaré que le succès du plan dépendra de la capacité des décideurs à faire baisser les prix élevés de l’électricité en Europe, ce qui rend actuellement non réalisable l’électrification massive de leurs opérations ».
La Commission européenne devra donc trouver un équilibre entre ses objectifs environnementaux et la compétitivité de son industrie. Le déploiement de ces mesures, qui passera par des mandats sur les marchés publics et de nouvelles normes pour les bâtiments, sera scruté par les États membres dans les mois à venir. Le défi consiste à transformer une ambition politique en une réalité industrielle capable de résister aux crises géopolitiques mondiales.


