LA BAULE-ESCOUBLAC, 15 août (Le Parisien Matin) – Le quartier des Grands Hôtels a été le théâtre d’une fronde de ses riverains. Excédés par des nuisances nocturnes répétées, des habitants et des commerçants ont lancé une pétition pour réclamer le retour de la tranquillité publique.

Ils ont ciblé les abords de l’avenue Pavie et de l’avenue Pierre Loti, où se concentrent deux bars de nuit et une discothèque.

Une pétition contre un « enfer nocturne »

Le collectif à l’origine de la pétition a dénoncé un « enfer nocturne » devenu insupportable chaque été. Il a recueilli de nombreuses signatures en quelques jours.

Le secteur visé regroupait des boutiques de luxe et de somptueuses villas Belle Époque, où le prix du mètre carré était particulièrement élevé. Ses résidents, souvent propriétaires de résidences secondaires ou retraités, ont reproché à la municipalité de laisser le quartier se dégrader.

Une riveraine a résumé la situation par cette phrase :

« Ça braille jusqu’au matin ».

Les nuisances ont commencé vers 2 heures du matin, à l’heure de fermeture des bars, et se sont prolongées jusqu’à 6 ou 7 heures, au moment de la dispersion des clients de la discothèque. Les faits signalés ont inclus des cris, des chants, des bagarres et des moteurs qui ont vrombi en pleine nuit.

Les habitants ont aussi évoqué une alcoolisation dans les voitures avec musique à fond, des bris de bouteilles, ainsi que des traces d’urine et de vomi sur les trottoirs.

Des dégradations matérielles ont été constatées. Des bris de verre systématiques ont jonché les trottoirs, des rétroviseurs ont été cassés et des jardins privatifs ont été utilisés comme toilettes à ciel ouvert.

La réponse des exploitants et de la mairie

Les patrons des trois établissements pointés, Le Bax, Le Nuage et Le Théâtre, ont affirmé avoir pris des mesures. Ils ont indiqué financer ensemble deux agents de sécurité et un rondier en voiture pour calmer les débordements.

Le maire Franck Louvrier a exclu toute fermeture administrative. Il a estimé qu’une telle décision déplacerait le problème ailleurs en ville.

Il a rappelé que la commune ne comptait plus que trois discothèques contre une quinzaine auparavant. Il a promis un renforcement des contrôles policiers et des sanctions, tout en refusant de punir collectivement les établissements de nuit.

Plusieurs commerçants et hôteliers du secteur ont expliqué que certains clients avaient refusé de revenir à cause du bruit. L’impact économique a commencé à se faire sentir.

Les effectifs de la police municipale ont été renforcés, mais ils n’ont pas pu être présents partout lors des sorties simultanées de centaines de personnes. Les jeunes fêtards, de leur côté, ont estimé que La Baule devait rester une station balnéaire vivante l’été.

La municipalité a considéré qu’une fermeture entraînerait des fêtes sauvages et non encadrées sur la plage, ce qui aurait été encore plus difficile à gérer pour les forces de l’ordre.

La Baule à l’épreuve du grand écart

L’affaire des Grands Hôtels n’est pas une simple querelle de voisinage. Elle raconte le tiraillement de toutes les stations balnéaires haut de gamme qui ont voulu s’embourgeoiser sans renoncer à la manne de la vie nocturne.

La Baule est passée de quinze discothèques à trois. Sur le papier, c’est un assainissement. Sur le terrain, c’est une concentration. En fermant les petits clubs dispersés, la ville a involontairement créé un entonnoir : l’avenue Pavie et l’avenue Pierre Loti absorbent désormais à elles seules tout le flux festif estival. Les riverains paient le prix de cette rationalisation.

Il y a aussi un conflit d’usage générationnel et immobilier. Le quartier des Grands Hôtels est devenu un musée à ciel ouvert de la Belle Époque, acheté au prix fort par des résidents secondaires et des retraités qui cherchent le silence comme un dû.

En face, une clientèle jeune, souvent extérieure à la commune, qui considère la station comme un terrain de jeu légitime deux mois par an. L’un a investi dans la pierre, l’autre dans l’éphémère de l’été.

La réponse du maire Franck Louvrier illustre l’impasse. Ne pas fermer pour éviter des fêtes sauvages sur la plage, c’est choisir le moindre mal, mais c’est aussi avouer que la police ne peut pas tenir le choc de 2h à 7h du matin.

Le dispositif privé financé par les patrons – deux vigiles et un rondier – ressemble à une rustine. Il sécurise l’intérieur des établissements, pas la dispersion anarchique qui suit.

À terme, La Baule devra trancher ce qu’elle veut vendre : le calme patrimonial ou l’animation nocturne. Les deux ne peuvent plus cohabiter sur le même trottoir sans une médiation plus musclée – horaires différenciés, charte de fin de soirée, navettes obligatoires, ou zone tampon. Sinon, la pétition actuelle ne sera que la première d’une longue série.

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