DUBROVNIK, 15 août (Le Parisien Matin) – Le vol retour d’une famille de cinq personnes entre Dubrovnik et Lyon fut annulé samedi quelques heures avant le décollage en raison de la grève du personnel de cabine d’EasyJet en France.
Le mouvement, très suivi, provoqua 98 annulations sur le week-end, dont 51 dimanche, et laissa des centaines de passagers sans solution immédiate.
Un retour facturé 1.700 euros
Maxime Besson, parti en vacances avec sa famille à Dubrovnik, apprit la nouvelle la veille du départ. Contraint de trouver une alternative dans l’urgence, il réserva un vol pour Genève alors que son véhicule était resté à l’aéroport Lyon-Saint-Exupéry.
Il raconta :
« On a eu l’info hier à 16h que notre vol était annulé. J’ai trouvé un vol sur Genève mais mon véhicule est à Lyon-Saint-Exupéry »
Selon Maxime Besson.
Il ajouta :
« Nous sommes une famille de 5, cela m’a coûté 1.700 euros, sans compter que cette nuit, on a dormi dans la petite voiture de location. C’est la galère »
La famille dut passer la nuit dans une voiture de location avant de rejoindre Genève, puis sollicita des proches pour effectuer le trajet Genève-Lyon afin de récupérer son véhicule.
Le passager dénonça l’absence de prise en charge par la compagnie. Il dut organiser lui-même son réacheminement.
Il déclara :
« Je suis un peu en colère, on ne nous propose pas de solutions, on doit se débrouiller »
Il poursuivit :
« Il y aura des remboursements (des vols prévus) mais ce n’est pas ce qu’on attend. On attend plus le remboursement de ce qu’on vient de payer, parce que ce n’est plus la même gamme de prix. J’attends vraiment un effort »
De son côté, EasyJet regretta l’annulation de 98 vols et assura par la voix d’une porte-parole que des options alternatives avaient été proposées, comme la possibilité d’un transfert gratuit vers un autre vol. Une proposition que les passagers bloqués à Dubrovnik affirmèrent ne pas avoir reçue.
Une mobilisation majeure en France
La grève fut annoncée jeudi, à la veille d’un week-end de forte affluence. Selon les syndicats, 68% du personnel de cabine suivit le mouvement, principalement sur les bases de Roissy-Charles-de-Gaulle et de Lyon.
L’aéroport lyonnais fut qualifié de base « martyre » par les représentants syndicaux, avec 80% du personnel affecté ayant rejoint la contestation. L’intersyndicale SNPNC-FO, UNPNC-CFDT et UNAC-CFE-CGC mena le préavis.
La revendication principale porta sur la stabilité des plannings, remaniés parfois la veille pour le lendemain, rendant difficile la conciliation avec la vie personnelle et la garde d’enfants.
William Bourdon expliqua :
« Notre revendication principale, c’est la stabilité des plannings. Par exemple sur des bases comme Lyon, on a certains PNC qui vont avoir 50 voire 60 changements de planning par semaine »
Les négociations menées par l’intersyndicale avec la direction échouèrent et débouchèrent sur le mouvement social du week-end.
EasyJet face à une crise devenue structurelle
Ce week-end de chaos ne relève pas de l’incident isolé. Il révèle une faille organisationnelle profonde chez EasyJet France.
Pendant des années, le modèle low-cost a tenu sur une flexibilité extrême des équipages. À Lyon, base la plus tendue du réseau, cette flexibilité a atteint un point de rupture.
50 à 60 changements de planning par semaine pour un même PNC, ce n’est plus de l’adaptation opérationnelle, c’est une précarisation programmée. Les syndicats ne réclament pas une augmentation salariale massive, mais du prévisible.
Pour les passagers, l’effet est double. D’un côté, une grève interne, donc juridiquement indemnisable au titre du règlement européen 261/2004, contrairement à une grève du contrôle aérien.
De l’autre, une communication qui semble déconnectée : annoncer un « transfert gratuit » quand des familles dorment dans une voiture de location à Dubrovnik alimente le sentiment d’abandon, plus que la colère liée au prix.
EasyJet joue gros. Sur des lignes loisirs comme Dubrovnik-Lyon, où la fidélité est faible et la concurrence d’autres compagnies forte, chaque week-end de grève pousse une partie de la clientèle vers d’autres transporteurs. Le coût réel ne sera pas celui des 98 vols remboursés, mais celui de la confiance perdue.


