SAINT-GILLES, 20 août (Le Parisien Matin) – Le corps dénudé et partiellement calciné découvert le 12 août à l’aube entre deux rangs de vignes fut identifié le 19 août comme celui de Sonia B., influenceuse nîmoise de 29 ans suivie par près de 300 000 abonnés. Le parquet de Nîmes retint l’assassinat et deux hommes furent placés en garde à vue par la section de recherches.

Découverte à l’aube

Un ouvrier agricole découvrit le cadavre près du chemin d’Estagel. Le corps fumait encore. Il raconta :

« C’est un collègue qui a découvert le corps en allant travailler dans les vignes. Quand il est arrivé sur la parcelle, il a vu le cadavre, il y avait encore des fumerolles au-dessus du corps. Cela ne devait pas faire longtemps que le feu avait été mis ».

Les gendarmes du groupement du Gard bouclèrent la parcelle. Le corps, brûlé avec un produit inflammable, fut transféré à l’institut du docteur Benslima pour prélèvements ADN. La zone resta interdite pendant les constatations.

La procureure évoqua d’abord une probabilité. Cécile Gensac :

« la probabilité que le corps découvert calciné à Saint-Gilles la semaine dernière soit celui de l’influenceuse des réseaux sociaux évoquée ces dernières heures ».

Cette probabilité fut fondée « sur un faisceau d’indices concordants uniquement ».

Le 19 août, l’ADN confirma qu’il s’agissait de Sonia Bellina. Le procureur adjoint Frédéric Kocher suivit le dossier. Cécile Gensac :

« Les enquêteurs de la section de recherches de Nîmes viennent de procéder ce jour à l’interpellation de deux hommes qui ont été placés en garde à vue en raison d’éléments laissant suspecter leur participation directe ou indirecte aux faits ».

Disparition dans la nuit du 10 au 11 août

Sonia Bellina comptait près de 300 000 abonnés sur TikTok, Instagram et Snapchat. Elle disparut dans la nuit du 10 au 11 août après être sortie pour un rendez-vous rapide.

Sa sœur suivit son téléphone grâce au partage familial. Elle indiqua :

« C’était grâce au partage de localisation de l’iPhone ».

Le signal se coupa vers 2 heures du matin. L’appareil fut retrouvé dissimulé sous un buisson, loin du chemin principal.

Après l’annonce, les comptes de la victime furent visés par des commentaires misogynes et culpabilisants. Les messages évoquèrent son physique et son activité en ligne. Sa sœur déclara :

« J’ai alerté TikTok pour qu’il ferme les comptes, mais, pour l’instant, rien n’y fait. Les gens vont trop loin, c’est affreux et ils racontent n’importe quoi. C’est du harcèlement, il y en a même qui disent qu’elle a mérité ce qui lui est arrivé ».

L’avocat de la famille dénonça la haine persistante et la violence des faits. Mourad Battikh :

« C’est une enquête qui s’accélère, avec deux personnes placées en garde pour des faits graves. Ce ne sont pas des faits de meurtre, ce sont des faits d’assassinat. Donc, il y a l’idée derrière d’une préméditation et, donc, nous attendons que l’enquête avance le plus rapidement et que l’on sache pourquoi est-ce que ces individus, s’ils se révèlent être les auteurs de ce crime odieux, ont participé à cette sauvagerie à l’endroit de Sonia ».

Notoriété exposée et préméditation

Cette affaire condense deux violences qui se nourrissent rarement aussi crûment. D’un côté, une scène criminelle d’une brutalité archaïque : un corps dénudé, incendié dans des vignes à l’aube, à quelques centaines de mètres d’une base de Sécurité civile. De l’autre, une exécution numérique qui ne s’est pas interrompue avec la mort.

Sur le plan judiciaire, le choix du terme assassinat n’est pas anodin. Il impose aux enquêteurs de démontrer la préméditation, donc une préparation, un repérage, un mobile construit.

Le traçage de l’iPhone, coupé à 2 heures du matin puis retrouvé sous un buisson, dessine déjà une chronologie serrée entre la disparition et l’incendie. Il suggère une volonté d’effacer les traces numériques autant que physiques.

Sur le plan sociologique, le cas Sonia B. illustre la vulnérabilité spécifique des créatrices de contenu localisées. Suivie par 300 000 personnes, identifiable à Nîmes, elle vivait de son image tout en étant géolocalisable par elle. Le partage de localisation familiale, qui permit de retrouver le téléphone, est le même outil qui, détourné, expose.

Enfin, la persistance du cyberharcèlement post-mortem pose la question du statut de victime à l’ère des plateformes.

Les commentaires misogynes relevés après l’identification ne sont pas un bruit de fond : ils constituent un corpus que la justice devra évaluer comme piste ou comme circonstance aggravante. L’enquête pour assassinat pourrait ainsi devenir un test sur la prise en compte de la haine en ligne comme mobile criminel, et non plus comme simple contexte.

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