PARIS, 28 août (Le Parisien Matin) – La France a connu une croissance nulle au deuxième trimestre après un recul de 0,2 % au premier trimestre, a annoncé l’Insee vendredi 28 août.

Le déficit public a stagné à 5,1 % du produit intérieur brut tandis que les taux d’intérêt ont grimpé, ce qui a compliqué l’équation budgétaire du gouvernement de Sébastien Lecornu à l’approche du budget 2027.

Une croissance révisée à zéro

L’activité économique est restée étale au deuxième trimestre. L’Insee a révisé à la baisse sa première estimation qui tablait sur un rebond de 0,2 % en volume.

Cette stagnation a succédé à une contraction de 0,2 % au premier trimestre. La menace d’une récession technique s’est précisée.

Les prévisions annuelles ont été ramenées à 0,7 %, plombées par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et le choc pétrolier de l’été.

Au deuxième trimestre, les recettes publiques ont augmenté de 2,1 milliards d’euros grâce à la TVA et aux cotisations. Cette hausse a été entièrement absorbée.

Les dépenses ont progressé de 2,5 milliards d’euros, tirées par les prestations sociales et les intérêts de la dette. Le solde est resté figé.

Le déficit s’est établi à 5,1 % du PIB. La cible gouvernementale de 5,0 % pour l’exercice en cours est apparue hors de portée.

Pouvoir d’achat et inflation en dégradation

L’inflation a atteint 2,4 % sur un an en août, selon les données publiées. La hausse des prix à la consommation a pesé sur les ménages.

Le pouvoir d’achat a reculé au deuxième trimestre. L’Insee a indiqué :

« Il recule nettement »

Avec -0,6 % après -0,2 % au trimestre précédent.

La consommation, principal moteur de la croissance, a marqué le pas dans ce contexte.

Un budget 2027 sous la pression des marchés

La dette publique a culminé entre 117 % et 118 % du PIB, au-delà de 3 500 milliards d’euros. Les taux obligataires ont frôlé les 4 %.

La charge d’intérêts a menacé d’atteindre entre 64 et 100 milliards d’euros par an à moyen terme, selon les projections.

Le ministre de l’économie et des finances a commenté la situation aux Universités d’été de l’économie de demain :

« C’est le premier impact concret de l’été horrible qu’on a vécu ».

Le gouvernement a évoqué un gel partiel des pensions et un rabotage des niches fiscales. Sans effort, le déficit pourrait grimper à 6 %, a averti l’exécutif, tandis que les agences de notation comme Fitch Ratings ont surveillé la trajectoire et que l’opposition a brandi la menace d’une motion de censure.

L’effet ciseaux qui piège Lecornu

Au-delà des chiffres bruts, c’est une mécanique implacable qui s’est enclenchée. La France est entrée dans ce que les économistes appellent un effet ciseaux parfait, mais à l’envers.

D’un côté, la lame des recettes se referme. Quand la croissance cale à zéro, la TVA rentre moins bien, les cotisations salariales ralentissent et l’impôt sur les sociétés s’érode. Le rebond espéré pour le second semestre ne s’est pas produit, et l’été géopolitique a coupé le peu d’élan qui restait.

De l’autre, la lame des dépenses s’ouvre mécaniquement. L’inflation à 2,4 % indexe une partie des prestations, les retraites et les minima sociaux coûtent plus cher, et surtout, la dette passée se met à coûter très cher dans le présent. Avec un taux à 4 %, chaque point de dette supplémentaire devient un impôt invisible sur le budget futur.

C’est là que l’équation politique de Sébastien Lecornu devient intenable. Pour tenir les 5,1 %, il faudrait déjà trouver 2 à 3 milliards d’économies d’ici décembre.

Pour viser les 5 % l’an prochain, il en faudrait plus de 20. Or les deux leviers classiques sont bloqués. Augmenter les impôts à 18 mois de la présidentielle serait un suicide politique pour la majorité. Couper franchement dans les dépenses sociales déclencherait une censure quasi assurée dans une Assemblée sans majorité.

Le gouvernement marche donc sur une ligne de crête : annoncer assez de rigueur pour rassurer Bruxelles et les agences de notation, mais pas trop pour ne pas faire tomber son propre budget.

La rhétorique de l’« été horrible » utilisée par Roland Lescure n’est pas anodine. Elle externalise la faute vers le choc pétrolier et le Moyen-Orient, pour mieux justifier des mesures impopulaires à l’automne comme le gel des pensions.

Le vrai danger n’est plus le dérapage de 2026, il est déjà acté. Le danger est 2027. Si la charge de la dette dépasse durablement les 60 milliards, elle deviendra le premier poste budgétaire de l’État, devant l’Éducation nationale. À ce stade, ce n’est plus un problème comptable, c’est une perte de souveraineté budgétaire.

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