PARIS, 7 septembre (Le Parisien Matin) – La ministre de la Transition écologique Monique Barbut a proposé de relever le plafond du Livret A de 22 950 à 30 000 euros pour financer l’adaptation climatique, une initiative qui a provoqué l’opposition des banques alors que Matignon devait trancher fin septembre.
Ni le ministère de l’Économie, chargé du décret, ni la Caisse des Dépôts, qui centralise 60 % de l’épargne, n’ont fait de commentaires. Selon Ouest-France, « La ministre Monique Barbut a proposé de relever de 22 950 à 30 000 € le plafond du Livret A pour financer la Transition écologique ».
Le Premier ministre Sébastien Lecornu avait chargé Monique Barbut de présenter des mesures pour accélérer le Plan national d’adaptation au changement climatique.
Un financement de 10 milliards espéré
Le ministère estima que la hausse de 7 000 euros générerait jusqu’à 10 milliards d’euros par an d’encours supplémentaire. Le dispositif prévoyait que la Caisse des Dépôts utilise ces réserves pour accorder des prêts longs à taux réduit.
Ces crédits viseraient l’isolation des bâtiments et la rénovation des hôpitaux.
« Matignon doit trancher fin septembre mais ce projet est loin d’être simple ».
A souligné Ouest-France.
L’opposition des banques et des experts
La Fédération bancaire française s’opposa frontalement au projet. Les banques estimèrent que relever le plafond immobiliserait de la richesse nationale dans un placement liquide et court terme.
Elles jugèrent ces fonds plus utiles dans des investissements de marché de long terme dont les entreprises ont besoin pour leur transition. Le transfert vers le Livret A défiscalisé entraînerait aussi un manque à gagner fiscal pour l’État et des surcoûts pour les établissements.
Un avantage réservé aux plus aisés
Le Cercle de l’Épargne nota que la mesure bénéficierait presque exclusivement aux ménages aisés déjà capables de plafonner leur livret. Selon la Banque de France, environ 15 % des Livret A atteignaient déjà le plafond avec les intérêts capitalisés.
Pourtant, le produit resta très prisé. Comme l’a rappelé Ouest-France, « Avec un taux d’intérêt actuellement fixé à 3,00 %, le Livret A reste l’un des placements préférés des Français en raison de sa sécurité totale et de sa fiscalité avantageuse ».
Bercy ne valida pas encore le décret.
Un pari politique à double tranchant
Au-delà du chiffre, l’affrontement révèle une fracture plus profonde sur l’usage de l’épargne populaire.
En voulant capter 10 milliards supplémentaires par an, le gouvernement cherche une ressource politiquement indolore : pas d’impôt nouveau, pas de dette affichée, juste une réorientation de l’argent qui dort déjà. C’est habile sur le papier, mais la critique des banques n’est pas seulement corporatiste.
En gonflant le Livret A, l’État assèche mécaniquement d’autres circuits. Chaque euro basculé vers un produit défiscalisé est un euro qui ne finance plus le crédit bancaire classique, l’assurance-vie ou les fonds propres des entreprises. La Fédération bancaire française défend son modèle, mais elle pointe aussi un risque de court-termisme : on enferme l’épargne longue dans un placement à vue pour financer des chantiers qui s’étalent sur vingt ans.
L’argument social pèse tout autant. Relever le plafond ne crée pas de nouveaux épargnants, il offre une niche supplémentaire à ceux qui ont déjà atteint les 22 950 euros. Le gouvernement prendrait ainsi le risque de subventionner les plus aisés au nom de l’écologie, tout en creusant le manque à gagner fiscal lié à l’exonération.
Matignon se retrouve donc devant un arbitrage classique : un geste fort, lisible, pour montrer que la transition est financée, contre une efficacité économique contestée et une équité discutable.


