Craig Hoy, porte-parole des conservateurs écossais chargé des finances, estime que l’Écosse devrait cesser de financer le Rwanda. Son appel intervient au cours d’une semaine marquée par les sanctions imposées par Washington au ministère rwandais de la Défense et par la décision américaine de retirer au pays certains avantages commerciaux.
Un député conservateur écossais de premier plan a appelé le Premier ministre écossais John Swinney à mettre fin à l’aide financière accordée par l’Écosse au Rwanda. Alors que Kigali continue de parrainer certains des plus grands clubs de football européens et se prépare à financer la construction d’un tout nouveau circuit de Formule 1, il estime que cet accord représente un mauvais investissement pour les contribuables écossais.
Hoy appelle l’Écosse à mettre fin à son aide au Rwanda
Dans un article publié le 31 octobre dans le Scottish Daily Express, Craig Hoy, porte-parole du Parti conservateur chargé des finances au Parlement écossais, a déclaré que ces fonds devraient plutôt être réorientés vers les services publics nationaux. Il a accusé le gouvernement écossais de contribuer indirectement à la stratégie de valorisation de l’image du Rwanda, déclarant :
« C’est John Swinney qui facilite cette opération de blanchiment de réputation. »
Selon Craig Hoy, le SNP a permis à plus de 16 millions de livres sterling d’aide financière d’être versés au Rwanda, l’un des pays partenaires du gouvernement écossais dans le cadre de son programme de développement international.
À la mi-octobre, le Rwanda a signé un accord de dix ans pour accueillir un Grand Prix d’Afrique à partir du début des années 2030. La compétition devrait se dérouler sur un circuit spécialement construit à Bugesera, à environ 40 kilomètres au sud de Kigali. Selon plusieurs informations, la construction du circuit coûterait plus de 200 millions de livres sterling, tandis que la facture totale pourrait atteindre près d’un milliard de livres.
Craig Hoy a également dénoncé les accords de sponsoring « Visit Rwanda » conclus avec Arsenal, le Paris Saint-Germain et Aston Villa. Ce dernier partenariat représenterait, selon les informations disponibles, environ 20 millions de livres sterling par an.
Critiquant le Premier ministre écossais, Hoy s’est appuyé sur les déclarations de Human Rights Watch, qui a qualifié l’accord de Formule 1 de stratégie de sportswashing destinée à « détourner l’attention de son bilan désastreux en matière de droits humains ».
Une mauvaise semaine pour le Rwanda
Cette controverse politique en Écosse intervient dans une semaine particulièrement difficile pour le Rwanda. Le Trésor américain a en effet imposé des sanctions au ministère rwandais de la Défense et à Zigama Credit and Savings Society, une institution financière au service des forces de sécurité, pour leur soutien présumé au groupe rebelle M23 dans l’est de la République démocratique du Congo.
Washington a accusé Zigama de financer des achats d’armes pour les Forces de défense rwandaises. Les autorités américaines ont également affirmé qu’une de ses agences avait contribué au transfert d’or depuis des territoires contrôlés par le M23 vers le Rwanda.
Ces mesures viennent s’ajouter aux sanctions imposées par les États-Unis en mars contre les Forces de défense rwandaises et quatre hauts responsables.
Cinq jours plus tard, Kigali a subi un nouveau revers de la part de Washington. Le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a annoncé que le Rwanda perdrait son accès en franchise de droits au marché américain dans le cadre de la loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique (AGOA) à compter du 1er janvier 2027.
Dans sa déclaration, il a évoqué les préoccupations américaines concernant les obstacles au commerce, l’État de droit et les droits humains.
Les discussions sur les migrations suscitent de nouvelles interrogations
Cette semaine, le Rwanda a toutefois enregistré un signe d’ouverture sur le plan diplomatique, le jour même de l’annonce des sanctions américaines.
Le Financial Times a rapporté que l’Allemagne, l’Autriche, la Grèce, les Pays-Bas et le Danemark étaient proches d’un accord visant à envoyer au Rwanda des demandeurs d’asile déboutés. Ce projet pourrait notamment s’appuyer sur des installations construites dans le cadre du programme britannique abandonné.
Alors que les États-Unis cherchent à isoler Kigali, cinq gouvernements européens tentent de conclure un accord avec le pays. Ces discussions ont toutefois ravivé les mêmes préoccupations relatives aux droits humains qui avaient entouré le projet britannique.
En novembre 2023, la Cour suprême du Royaume-Uni avait statué à l’unanimité que le Rwanda ne pouvait pas être considéré comme un pays sûr. Elle avait notamment souligné le risque que des réfugiés soient renvoyés vers des territoires où ils pourraient être victimes de persécutions.
Deux députées européennes, qui se sont toutes deux rendues au Rwanda, ont fait part de leurs inquiétudes au Financial Times concernant ce projet.
Tineke Strik, eurodéputée néerlandaise écologiste, a averti que les personnes expulsées auraient des difficultés à trouver un emploi dans un pays où le chômage est élevé. Elle a déclaré au Financial Times :
« Nous craignons réellement que ces personnes se retrouvent dans une impasse juridique. »
Anna Strolenberg, eurodéputée du parti Volt au sein du groupe des Verts/ALE, a estimé que les gouvernements feraient mieux d’investir dans leurs propres systèmes d’asile.
De son côté, Zobel Behalal, de la Global Initiative Against Transnational Organized Crime, a expliqué au Financial Times que le Rwanda profitait d’un contexte favorable pour sortir de son isolement et regagner les faveurs des gouvernements européens.
Pourtant, en février 2025, le Parlement européen avait appelé la Commission et le Conseil à suspendre immédiatement le partenariat de l’Union européenne avec le Rwanda dans le domaine des matières premières, jusqu’à ce que Kigali mette fin à toute ingérence en République démocratique du Congo, notamment à l’exportation de minerais provenant de territoires contrôlés par le M23.
Quelle sera la suite ?
La pression sur le Rwanda devrait s’intensifier dans les prochaines semaines. Certains s’attendent à ce que les cinq gouvernements européens annoncent leur accord avec Kigali lors d’une conférence sur les migrations prévue à Vienne à la mi-novembre.
Le ministre grec des Migrations a déclaré qu’un accord pourrait être signé d’ici janvier, les premiers transferts de demandeurs d’asile pouvant intervenir dès avril ou mai.
La suspension des avantages commerciaux américains entrera en vigueur le 1er janvier 2027, tandis que le circuit de Bugesera reste encore à construire.
Pour le Parlement écossais, la demande de Craig Hoy soulève une question particulièrement sensible : alors que Washington renforce ses pressions sur Kigali, les contribuables écossais doivent-ils continuer à financer le Rwanda malgré les nombreuses préoccupations liées à son bilan en matière de droits humains ?


