L’inauguration de la quatrième édition de l’Egypt Defense Expo (EDEX) au Caire a servi de plateforme à un dialogue bilatéral discret entre la France et l’Égypte autour de la réduction des importations d’armement et de la montée en capacité locale. C’est un dossier singulier, presque inattendu, lié à l’environnement : la cartographie de barils radioactifs immergés au large de l’Atlantique, un projet d’ingénierie développé en Bretagne auquel la partie égyptienne s’est montrée particulièrement attentive.
EDEX est un salon militaire qui devient aussi diplomatique
Le président Abdel-Fattah al-Sisi a ouvert l’exposition en parlant du rôle de l’événement comme vitrine mondiale des technologies de défense.
En parcourant les pavillons, il a été briefé sur les programmes d’armement locaux, y compris une coopération franco-égyptienne autour du canon automoteur, symbole de l’ambition du pays à fabriquer davantage chez lui plutôt que de dépendre des importations.
Le ministre égyptien de la Défense, Abdel-Mageed Saqr, a insisté sur la nécessité de maintenir une posture opérationnelle dans un contexte régional instable comme la guerre à Gaza, la volatilité libyenne et la pression migratoire maritime autant de facteurs qui renforcent le besoin d’autonomie stratégique.
Sur le plan industriel, l’EDEX 2025 confirme que Le Caire ne veut plus être uniquement un client militaire, mais un co-producteur, voire un exportateur.
Les démonstrations de l’Arab International Optronics (AIO) ont montré un système de conduite de tir entièrement conçu en Égypte, des plateformes d’engagement téléopérées, des systèmes thermiques et de surveillance longue portée et des capacités anti-drones, dont le Martlet fabriqué en partenariat avec le Français Thales.
Cette présence française est industrielle et politique. Des officiels des deux pays ont discuté d’un volet rarement associé aux salons militaires, à savoir la coopération environnementale appliquée à la défense maritime.
Les déchets radioactifs immergés, un sujet traité même à l’EDEX
La France mène depuis plusieurs années en Bretagne un programme de repérage et modélisation des anciens dépôts radioactifs immergés dans l’Atlantique, héritage d’une période où l’enfouissement marin était considéré comme une option acceptable par plusieurs puissances occidentales. La montée des risques écologiques, bien exposée lors de la COP30, a transformé cette thématique en enjeu diplomatique.
L’Égypte, dépendante de son domaine maritime pour sa sécurité alimentaire, énergique et militaire, s’est intéressée à ce savoir-faire cartographique. Si Le Caire n’est pas directement exposé par ces sites atlantiques, la maîtrise de ces technologies avec le sonar avancé, l’analyse de corrosion, la modélisation hydrodynamique est précieuse pour ses ambitions dans la Méditerranée orientale et la mer Rouge, où la dégradation d’objets immergés (militaires, civils ou industriels) pose des risques croissants.
Ce rapprochement franco-égyptien prouve que l’environnement devient un champ de coopération sécuritaire, au même titre que le renseignement ou la cybersécurité.
Paris y voit une opportunité de renforcer sa présence au Moyen-Orient par des transferts de technologie civile et militaire, sans se limiter à vendre des systèmes d’armes.
Le Caire, de son côté, utilise cette coopération comme levier de montée en compétence industrielle et scientifique pour atteindre son objectif qui est de réduire la dépendance aux importations.
EDEX est un salon qui dépasse le simple marché de l’armement
Avec plus de 400 entreprises et délégations militaires, l’EDEX confirme son rôle de rendez-vous incontournable de l’industrie de défense. Mais l’édition 2025 marque un glissement subtil : on ne parle plus seulement de missiles, capteurs thermiques ou plateformes navales, mais aussi de gestion des fonds marins, de risques écologiques et de souveraineté technologique.
Pour la France, le projet breton de cartographie radioactive devient ainsi un pont entre coopération militaire classique et influence technologique. De quoi rapprocher les militaires, les magnats de la tech et les écolos.


