Sous un ciel amazonien chargé de promesses et de menaces, la COP30 s’ouvre sur des discours enflammés, des applaudissements polis, et au fond de la salle, l’ombre persistante des cheminées industrielles qui crachent encore leur venin dans l’atmosphère.
Deux jours après l’arrivée des dirigeants mondiaux dans cette ville tentaculaire nichée au cœur de la forêt équinoxiale, le sommet climatique de l’ONU révèle ses fissures. Mais surtout, il réveille un front uni, fragile, certes, contre les énergies fossiles.
Lula da Silva, Emmanuel Macron, et une coalition improbable de leaders insulaires et continentaux appellent à une “feuille de route” pour éradiquer notre dépendance au charbon, au pétrole et au gaz.
Pourtant, avec l’absence tonitruante de Donald Trump et les contradictions criantes du Brésil hôte, la question plane : ce réveil est-il un simple exercice de greenwashing ?
“Nous avons échoué”
La journée du 7 novembre commence par une douche froide. Dans l’immense auditorium du Mangueirão, rebaptisé pour l’occasion “Centre de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques”, António Guterres, secrétaire général de l’ONU, monte sur l’estrade. Son visage, marqué par des années de batailles perdues, trahit une fatigue résignée. “Nous avons échoué“, lance-t-il d’une voix grave qui fait taire les murmures. “Échoué à limiter le réchauffement à 1,5°C.”
Les mots résonnent comme un glas. Pour la première fois dans l’histoire de ces sommets annuels, un consensus s’impose : l’objectif phare de l’Accord de Paris de 2015 est hors de portée. Les records de chaleur de l’été 2025 avec des vagues de canicule en Europe, des inondations dévastatrices en Asie du Sud-Est, et des feux de forêt qui ont englouti des millions d’hectares en Amazonie ne laissent plus de place au déni.
Guterres ne s’arrête pas là. Il refuse la résignation face à une hausse “inévitable” de 2°C, qui signerait l’arrêt de mort pour des nations entières. “Nous devons pivoter maintenant, vers une économie décarbonée“, insiste-t-il, appelant à une mobilisation “sans précédent“.
La salle, bondée de chefs d’État, de ministres et d’activistes, retient son souffle. Parmi les présents : le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, qui accueille le sommet dans sa ville natale ; Emmanuel Macron, flanqué d’une délégation française au complet ; et Mia Mottley, la Première ministre des Barbades, dont les discours incendiaires ont déjà fait le tour des réseaux sociaux.Mais l’absence de certains pèse lourd. Donald Trump, réélu aux États-Unis en novembre 2024, a décliné l’invitation, qualifiant la COP de “fête des hypocrites” sur Truth Social.
Son administration, qui a promis de relancer l’exploitation du gaz de schiste, incarne le retour en force du climatoscepticisme. “Les leaders mondiaux ripostent au déni climatique américain“, titrait Reuters ce matin, pour expliquer comment cette posture isolationniste complique les négociations
Lula, l’hôte ambivalent : “Ce n’est pas facile”
Au cœur de cette COP30, c’est le Brésil qui se retrouve scruté. Lula, revenu au pouvoir en 2023 avec la promesse de verdir son pays, ouvre les débats par un discours mesuré mais déterminé. “Nous devons élaborer une feuille de route pour surmonter la dépendance aux combustibles fossiles“, déclare-t-il, sous les applaudissements tièdes de la salle. Il propose une “voie pragmatique” pour réduire l’usage des fossiles, en misant sur les énergies renouvelables et la reforestation massive de l’Amazonie. “Ce n’est pas facile“, admet-il, un euphémisme qui en dit long sur les tensions internes.
Car le Brésil est un paradoxe ambulant. D’un côté, Lula a stoppé la déforestation illégale et investi des milliards dans les éoliennes offshore. De l’autre, son gouvernement a approuvé en 2024 l’exploration pétrolière dans le bassin de Foz do Amazonas, une zone sensible au large de Belém. “C’est comme inviter un incendiaire à un sommet sur la prévention des feux“, ironise un activiste de Greenpeace, posté devant le centre de conférences avec une banderole proclamant “Lula : Sauveur ou Saboteur ?”. Les contradictions du pays hôte alimentent les débats : comment crédibiliser un appel à la transition quand Petrobras, la compagnie pétrolière d’État, prévoit d’augmenter sa production de 20% d’ici 2030 ?
Malgré cela, Lula parvient à rallier des alliés. L’Union européenne, représentée par Ursula von der Leyen, s’aligne sur sa proposition de feuille de route. “Nous visons une réduction de 90% des émissions d’ici 2040“, annonce la présidente de la Commission, soulignant trois décennies de baisses continues en Europe.
L’Allemagne et l’Espagne, présentes au niveau des chefs d’État, promettent des fonds supplémentaires pour les pays en développement. Du côté africain, la Namibie, riche en gaz mais vulnérable à la sécheresse, adhère timidement, sous la pression de ses voisins sahéliens.
Les voix des damnés : Îles et petits États en première ligne
Si les grandes puissances dictent l’agenda, ce sont les “petits” qui volent la vedette. Gaston Browne, Premier ministre d’Antigua-et-Barbuda, une nation caribéenne menacée d’engloutissement, n’y va pas par quatre chemins. “Les grands pollueurs continuent de détruire délibérément nos environnements marins et terrestres avec leurs gaz fossiles toxiques“, tonne-t-il, pointant du doigt les États-Unis, la Chine et l’Inde.
Son intervention, retransmise en direct sur les chaînes d’info, devient virale : des millions de vues en quelques heures, avec des hashtags comme #FossilFreeNow qui grimpent dans les tendances mondiales. À ses côtés, Mia Mottley des Barbades plaide pour un “frein d’urgence” sur les fuites de méthane, ce gaz à effet de serre 80 fois plus puissant que le CO2 sur 20 ans. “Ce serait gagnant-gagnant : cela parle le langage d’amour du secteur pétrogazier tout en sauvant la planète“, argue-t-elle avec un sourire qui masque à peine sa colère.
Son idée ? Des engagements volontaires pour équiper les puits et pipelines de capteurs anti-fuites, financés par un fonds international. Déjà, plus de 50 pays, dont le Canada et le Mexique, ont signé une déclaration d’intention. C’est un pas concret, loin des promesses en l’air des COP précédentes.Emmanuel Macron, quant à lui, cible les “prophètes de désordre” – une pique à peine voilée contre Trump et les lobbies fossiles. “Chaque pays doit élaborer sa stratégie pour éliminer progressivement les combustibles fossiles“, dit le président français, qui souhaite “protéger la science” face aux assauts populistes.


