À l’ère où la musique est victime de sa consommation et rythmée par des clics, le groupe DIYA FASO composé de ses 7 membres, créé par Salifou Diarra, navigue sur des routes en recherche d’authenticité et partageant sa passion au contact du public.
Spécialisé dans les sonorités traditionnelles d’Afrique l’Ouest, le groupe rend hommage à la langue dioula d’origine mandingue et s’épanouit à la fois dans ses inspirations reggae et afro modernes.
Il est rare de voir des groupes burkinabés faire le tour de France. Comment en êtes-vous arrivés là?
Nous n’avons jamais lâché. Le plaisir de jouer ensemble et la conviction que notre musique très positive est fédératrice nous portent. Salif, le compositeur du groupe, a toujours cru en nous. Ça nous a aidés à être constants et patients.
Le casting du groupe est assez impressionnant, quels ont été les critères de sélection de chaque membre?
Une solide expérience musicale, un sens du groove implacable et une bonne culture des musiques du monde. Mais aussi un « esprit de famille ». Entre nous, on s’appelle la DIYA family.
Vous êtes le reflet d’une mixité culturelle, par quels moyens cela résonne-t-il dans votre musique ?
C’est une fusion d’influences musicales et culturelles variées qui transpire à travers des morceaux qui évoquent l’Afrique de l’ouest en particulier mais aussi l’Amérique latine, la Jamaïque, la musique afro-américaine… Nous n’hésitons pas non plus à intégrer une partie Rock prog dans un morceau traditionnel très dansant ou une gigue à la flûte qui rappelle les danses traditionnelles du Poitou. Tous les mélanges sont permis.
Vous parlez de mandinga pop music, en quoi consiste cette fusion musicale exactement?
Les morceaux sont composés avec des instruments traditionnels avec des textes en Dioula pour ce qui est du socle. Puis viennent s’intégrer les percussions cubaines, des rythmes funky, des parties d’impro de clavier très soul ou de basse afro-funk ou jazz-funk, des envolées disco, des chants en Dioula mais aussi en anglais, en espagnol et même en Yoruba !
Le résultat est une recette originale et populaire à la fois dans le sens où les mélodies se retiennent facilement et parlent à tous les publics.
On sous-estime souvent la notion d’inspiration ; elle semble infinie, mais qu’est-ce qui nourrit la vôtre et celle du groupe?
Nous sommes clairement influencés par l’énergie très solaire, ancrée et les valeurs humanistes de notre leader Salif Diarra. Il n’est pas dans une posture. Sa musique est spontanée, sincère et intuitive. Il ne pratique pas le cynisme et exprime tout simplement ce que lui dicte son cœur. En ce sens, notre musique est très pure et véhicule une vibration universelle de paix, de joie et de fraternité.
Les artistes indépendants ne sont pas toujours accompagnés. Avez-vous rencontré des difficultés en ce sens ?
Nous avons bénéficié localement de coups de pouce de La NEF notamment qui nous a reçus en résidence et nous a permis d’enregistrer nos deux premiers morceaux. Ils nous ont également prodigué des conseils pour la communication et la production. Pour l’administration des droits en propriété intellectuelle, nous avons dû nous mettre à jour. Mais beaucoup d’entre nous avaient déjà des œuvres déposées à la SACEM en tant qu’auteurs-compositeurs-interprètes. Ce n’est pas forcément évident, il faut bien le reconnaître.
Quels conseils donneriez-vous à des jeunes qui se lancent dans le milieu de la musique?
Il faut être sur tous les fronts, très polyvalent et bien organisé. Être actif sur les réseaux sociaux et entretenir un bon réseau dans le domaine de la culture. Ne pas se laisser décourager par les nombreux obstacles et rester au service de la musique avant tout.
Dans Diya Faso, nous avons chacun un rôle en dehors de l’aspect purement musical. Une personne gère la communication, une autre le merchandising, une autre le démarchage, l’organisation, l’administratif, d’autres sont plus focalisées sur la technique…C’est beaucoup de travail. Tout ça en maintenant une créativité intacte !
Quelles sont les stratégies du groupe Diya Faso dans son évolution artistique et sa promotion?
Effectivement, c’est une petite entreprise. Tout le monde met la main à la pâte, mais nous avons récemment fait appel à une attachée de presse et nous espérons trouver un·e tourneur·e prochainement.
Comment arrivez-vous à rester disciplinés?
C’est très gratifiant de voir les résultats concrets de nos efforts. Cela nous conforte dans la volonté de maintenir le cap, de consacrer du temps aux tâches parfois ingrates. Dès qu’on sent une difficulté, nous nous posons pour en discuter et décidons d’un plan d’action. Nous avons eu il y a environ 2 ans, un vrai moment de remise en question alors qu’une sorte de lassitude se faisait sentir.
Nous étions heureux de jouer ensemble, mais l’impression de stagner nous pesait. Nous ne savions pas comment nous y prendre.
Nous avons dû faire face à des départs de musiciens un peu douloureux et les perspectives étaient floues. C’est grâce à cette crise et à l’énergie des nouveaux membres, il faut le reconnaître, que nous avons mis en place une méthodologie en forme de « business plan » qui nous a reboosté.
Depuis le début de l’été, vous enchaînez les concerts, quelles seront les prochaines étapes?
Nous visons les grands festivals pour la saison estivale prochaine. Nous espérons aussi nous exporter. Canada, Burkina Faso, Antilles, Allemagne…Et enfin nous préparons notre 2ème album qui sera encore plus audacieux en termes de mélange entre tradition mandingue et influences diverses.
Un dernier mot pour nos lecteurs passionnés de live et de musique?
Continuons à nous déplacer pour voir et écouter des spectacles, de la musique, des performances. C’est essentiel à la santé individuelle et collective. Levons-nous de nos chaises pour entrer dans la danse et dans la transe. Permettons que ces instants suspendus, libérateurs et inspirants demeurent et nous unissent dans la beauté.
Venez vibrer au son organique du balafon, des arpèges de n’goni, des mélodies puissantes. Nous mettons un point d’honneur à échanger avec notre public pendant et après les concerts. Au plaisir !


