Le nord-est du Nigeria s’enfonce dans une crise alimentaire. Le Programme alimentaire mondial (PAM) alerte que des milliers de personnes pourraient basculer dans une situation de famine dite « catastrophique » dans les semaines à venir,ce qui serait lié à la réduction des aides humanitaires internationales.
Dans l’État de Borno, épicentre d’un conflit armé qui dure depuis plus de dix ans, environ 15 000 personnes sont désormais exposées à un risque immédiat de pénurie extrême de nourriture, a averti l’agence onusienne. Une situation d’autant plus alarmante que cette région, marquée par l’insurrection de groupes armés et des déplacements massifs de populations, peine déjà à se relever de violences chroniques.
La crise s’étend à l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest et du Centre. Le PAM dit que près de 55 millions de personnes y font face à une insécurité alimentaire sévère, dont plus des trois quarts vivent au Nigeria, au Tchad, au Cameroun et au Niger. « Nous assistons à une détérioration rapide de la situation, notamment dans les zones les plus fragiles », dit l’agence.
Réduire les aides internationales a aggravé la situation au Nigeria
Si les conflits, les déplacements forcés et la pression économique pèsent depuis longtemps sur la sécurité alimentaire de la région, les récentes réductions de l’aide humanitaire ont fait basculer de nombreuses communautés au-delà de leur capacité de résilience. Le PAM ne cite pas de bailleurs précis, mais plusieurs organisations humanitaires alertent depuis des mois sur l’impact des décisions prises par certains pays donateurs.
Les États-Unis ont amorcé, dès l’an dernier, une baisse de leur aide internationale dans le cadre de la politique « America First » relancée par l’administration Trump, tandis que le Royaume-Uni et d’autres pays européens ont également réduit leurs budgets humanitaires afin d’augmenter leurs dépenses militaires. Ces choix budgétaires ont des conséquences directes sur le terrain.
« La diminution des financements observée en 2025 a aggravé la faim et la malnutrition dans toute la région », a déclaré Sarah Longford, directrice régionale adjointe du PAM pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre. Selon l’agence, plus de 13 millions d’enfants pourraient souffrir de malnutrition cette année si la tendance se poursuit.
Des programmes vitaux déjà suspendus
Au Nigeria, les pénuries de financement ont contraint le PAM à réduire ses programmes nutritionnels, privant plus de 300 000 enfants d’une aide essentielle. L’agence avait déjà averti, en fin d’année dernière, que près de 35 millions de personnes risquaient de se retrouver en situation de faim aiguë faute de ressources suffisantes.
La crise dépasse largement les frontières nigérianes. Au Mali, l’insécurité persistante entrave les routes d’approvisionnement alimentaire, laissant 1,5 million de personnes confrontées à des niveaux critiques de faim. Au Cameroun, plus d’un demi-million de personnes pourraient être privées d’aide humanitaire dans les prochaines semaines, en raison du manque de financements.
Le Programme alimentaire mondial estime avoir besoin de plus de 453 millions de dollars sur les six prochains mois pour maintenir ses opérations humanitaires dans la région. Sans un sursaut des bailleurs internationaux, l’agence redoute une dégradation rapide et durable de la situation, avec des conséquences humaines majeures.


