TÉHÉRAN, 14 juillet (Le Parisien Matin) – Après avoir paralysé la navigation dans le détroit d’Ormuz, l’Iran signale une escalade majeure en désignant le détroit de Bab el-Mandeb, porte d’entrée sud de la mer Rouge, comme son nouveau point de pression stratégique contre Washington. En exploitant son alliance avec le mouvement houthi au Yémen, Téhéran menace désormais d’imposer un blocus sur deux artères maritimes vitales, transformant un affrontement militaire localisé en un défi économique menaçant les flux mondiaux d’énergie et de marchandises.
Une stratégie de double blocage
Le détroit de Bab el-Mandeb est perçu par les analystes comme la dernière réserve stratégique de Téhéran après l’utilisation de son principal atout, le détroit d’Ormuz. Alors que la fermeture d’Ormuz provoque un choc direct sur les approvisionnements en pétrole brut, le blocage de Bab el-Mandeb engendre un choc commercial plus vaste, entravant entre 12 % et 15 % du commerce maritime mondial transitant vers le canal de Suez. Ce mouvement sape directement l’oléoduc saoudien East-West Petroline, conçu précisément pour achever sept millions de barils de pétrole par jour vers la mer Rouge afin de contourner Ormuz.
Une escalade coordonnée
Des responsables houthis ont explicitement averti que si les pressions américaines et saoudiennes s’intensifiaient, ils fermeraient le détroit de Bab el-Mandeb dans le cadre d’une alliance opérationnelle conjointe avec l’Iran. Cette posture souligne la volonté de Téhéran d’élargir le conflit au-delà du Golfe pour accroître la pression sur Washington. Le spécialiste du Moyen-Orient Fawaz Gerges a déclaré :
« L’Iran est prêt à aller jusqu’au bout. »
Cette transformation du conflit en un défi aux routes maritimes mondiales marque une étape supplémentaire dans l’internationalisation des tensions régionales.
Impacts sur l’économie mondiale
Les conséquences d’une telle fermeture seraient immédiates pour les marchés mondiaux. Les experts anticipent que les prix du pétrole pourraient atteindre 200 dollars le baril en cas de blocage coordonné des deux détroits. Au-delà des cours du pétrole, les chaînes d’approvisionnement seraient gravement perturbées, forçant les navires à effectuer des détours de milliers de kilomètres autour du cap de Bonne-Espérance. Cette situation engendrerait une explosion des coûts de transport et d’assurance, affectant directement le consommateur final et la fluidité du commerce international entre l’Asie et l’Europe.
La menace du « mission creep »
Les experts n’anticipent pas un basculement immédiat vers une guerre ouverte, mais plutôt un processus de « mission creep », où chaque camp accroît systématiquement les enjeux. Alors que les États-Unis ont déployé des mesures de surveillance, l’Iran répond en étendant son paysage de menaces asymétriques. Le danger réside dans l’incapacité croissante à contenir ce conflit qui s’étend du Golfe à la mer Rouge. Les acteurs régionaux, y compris les États du Golfe, estiment désormais que la diplomatie a atteint ses limites, malgré les conséquences économiques lourdes d’une confrontation prolongée.
Risques pour le canal de Suez
Le Bab el-Mandeb ne sert pas seulement de passage, il est le verrou du canal de Suez. Les précédentes attaques houthis menées entre 2023 et 2025 ont déjà démontré la vulnérabilité de cette route. Bien que le détroit soit resté largement navigable grâce à des coalitions navales multinationales, le risque d’une fermeture délibérée imposée par Téhéran place la communauté internationale dans une position précaire. Cette géopolitique du chantage maritime transforme des voies de passage millénaires en armes de pression géopolitique, rendant la sécurité des approvisionnements mondiaux dépendante de l’évolution des négociations entre Washington et Téhéran.


