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Économie

La France lève 2,5 milliards d’euros grâce à la vente d’actions détenues par l’État

Emma PearsoPar Emma Pearsolundi, 11 maiAucun commentaire5 Min Temps de lecture
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La France cède des participations étatiques dans le tunnel du Mont-Blanc
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PARIS, 11 mai (Le Parisien Matin) – La France cède des participations étatiques stratégiques dans les tunnels alpins et le logement social pour lever 2,5 milliards d’euros. Ce transfert vers la Caisse des Dépôts vise à financer la souveraineté nationale, ciblant le supercalcul de Bull et les satellites d’Eutelsat.

Une transaction de 2,5 milliards d’euros

L’opération financière repose sur le transfert d’actifs gérés par l’APE vers la Caisse des Dépôts, un bras financier public de long terme. La France cède ainsi des participations étatiques dans la Société pour le logement intermédiaire (SLI), mais aussi dans les sociétés concessionnaires des tunnels alpins. Les opérateurs du tunnel du Mont-Blanc (ATMB) et du tunnel routier du Fréjus (SFTRF) passent ainsi sous un nouveau mode de contrôle indirect.

Pour le gouvernement, cette manœuvre permet d’encaisser des liquidités immédiates sans pour autant perdre totalement le contrôle de ces infrastructures vitales. Il s’agit d’un jeu de vases communicants entre deux entités publiques qui garantit la pérennité du service public tout en libérant des ressources pour Bercy. La gestion de ces infrastructures routières, bien que stable, ne correspond plus aux priorités d’investissement direct de l’agence nationale.

Le financement de la souveraineté numérique

Le produit de cette vente massive est déjà fléché vers des projets hautement technologiques. En vendant des participations étatiques, l’État finance son retour en force dans le secteur du calcul de haute performance. Une partie des fonds sera injectée dans l’entreprise Bull, spécialisée dans les supercalculateurs et récemment reprise à Atos. Ce choix est motivé par la nécessité de garantir l’indépendance de la France en matière d’intelligence artificielle et de simulation nucléaire. Le ministre Roland Lescure a justifié cette stratégie en expliquant que le pays doit impérativement maîtriser les outils de sa propre puissance numérique. Dans un monde où les données deviennent le nerf de la guerre, posséder les machines capables de les traiter est un impératif régalien.

Priorité à la défense nationale

Outre le numérique, le secteur de la défense bénéficiera largement de cette bouffée d’oxygène financière. Le gouvernement considère que détenir des participations étatiques dans des tunnels est moins prioritaire que de sécuriser l’industrie de l’armement. Les revenus générés par ces cessions permettront de soutenir la Loi de programmation militaire, notamment pour l’achat de munitions et le développement de nouveaux drones. Cette décision intervient dans un climat de tensions internationales croissantes où la préparation aux conflits de haute intensité devient une norme budgétaire. L’État actionnaire devient ainsi un investisseur de combat, délaissant les rentes immobilières pour soutenir activement ses champions industriels de la défense.

Le déploiement de l’espace européen

L’autre grand volet de cette réallocation budgétaire concerne le domaine spatial, avec un soutien accru à l’opérateur Eutelsat. En rationalisant des participations étatiques ailleurs, la France peut consolider ses positions dans les constellations de satellites. L’objectif est clair : bâtir une alternative européenne solide face aux projets privés américains. La connectivité globale et sécurisée est perçue comme un pilier de la souveraineté française du futur. Ce redéploiement de capital montre que l’État n’est plus un simple propriétaire passif, mais un acteur agile capable de sacrifier des actifs historiques pour remporter les batailles technologiques à venir dans l’orbite terrestre.

Financement de supercalculateurs via des participations étatiques

Un pari audacieux sur le futur technologique

Cette manœuvre comptable, habile transfert entre deux poches de l’État, révèle une mutation profonde du logiciel politique français. En délaissant la rente prévisible des infrastructures routières pour l’incertitude fertile de la deep tech, Bercy assume enfin un rôle de capital-risqueur. Ce pari sur l’immatériel est crucial pour l’Europe, qui cherche désespérément à briser l’hégémonie des géants américains. Si la France réussit à transformer ces milliards en une autonomie réelle sur le calcul atomique et spatial, elle pourrait bien dessiner les contours d’un nouveau patriotisme économique, capable de peser face aux empires technologiques privés sans sacrifier son modèle social.

Un modèle de gestion publique repensé

Le transfert vers la Caisse des Dépôts assure que la France ne brade pas son patrimoine. Même si l’APE vend des participations étatiques, ces dernières restent sous pavillon français. Cette méthode permet de rassurer les marchés tout en respectant les règles européennes sur les aides d’État. La Caisse des Dépôts, par sa mission d’intérêt général, est le partenaire idéal pour gérer ces infrastructures sur le long terme. Ce schéma de vente interne offre une souplesse inédite à l’exécutif pour piloter sa politique industrielle sans alourdir la dette publique de manière directe. C’est une ingénierie financière précise qui vise à transformer la France en une véritable puissance d’investissement stratégique.

Consolidation du plan France 2030

Cette manœuvre s’inscrit parfaitement dans la trajectoire fixée par le plan France 2030. Le fait de liquider des participations étatiques dans le logement ou les routes libère des milliards pour la décarbonation de l’industrie et les semi-conducteurs. L’État mise sur l’innovation de rupture pour assurer la croissance économique de la prochaine décennie. « La France a besoin que l’État, en tant qu’actionnaire, poursuive son expansion en donnant la priorité aux actifs qui contribuent directement à la souveraineté du pays. » – Roland Lescure. Cette déclaration résume l’ambition nationale : passer d’un État gestionnaire à un État visionnaire.

Les prochaines étapes pour l’État actionnaire

À court terme, les autorités ont précisé qu’aucune autre cession massive n’était prévue. Cependant, la surveillance du portefeuille reste active. En optimisant des participations étatiques, le gouvernement a prouvé sa capacité à réagir vite face aux besoins de financement des nouvelles technologies. L’intégration de Bull et le renforcement dans Eutelsat marquent le début d’une nouvelle ère. Le succès de cette stratégie dépendra de la capacité des entreprises ciblées à transformer ces investissements publics en leadership mondial. La France montre ainsi la voie d’un capitalisme d’État moderne, tourné vers la haute technologie et la sécurité globale.

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