Joe Roddy, planificateur financier certifié avec plus de 30 ans d’expérience, a livré une leçon claire et pragmatique sur les fondements de l’investissement moderne. « Notre objectif, a-t-il expliqué, est de comprendre comment utiliser les bons outils financiers au bon moment. »
Roddy, figure reconnue du conseil en planification patrimoniale aux États-Unis, dit qu’il faut viser 80 % du revenu préretraite pour maintenir son niveau de vie et épargner 10 % de ses revenus à vie.
Diversifier pour durer
Joe Roddy s’est concentré sur les fonds communs de placement et les ETF (Exchange-Traded Funds). Pour lui, ce sont les piliers d’une stratégie financière équilibrée.
« En investissant dans un fonds, vous misez sur des dizaines d’entreprises en une seule fois. C’est une façon d’obtenir immédiatement de la diversification »
Cette diversification protège les épargnants contre les risques dits « non systémiques » comme la faillite d’une entreprise isolée même si elle ne les met pas à l’abri des crises globales. « Les fonds réduisent la vulnérabilité individuelle, mais pas celle du marché dans son ensemble », rappelle Roddy, citant en exemple le krach d’Enron au début des années 2000.
Les trois outils de base : liquidités, obligations, actions
Roddy compare les instruments financiers à des outils de travail : chacun a une fonction distincte.
- Les fonds monétaires servent à préserver la valeur. « Vous prêtez à court terme à l’État ou aux grandes entreprises, et votre capital ne bouge pas. ». Le revers : les rendements suivent de près l’inflation.
- Les obligations, elles, offrent des intérêts fixes sur le long terme, mais leur valeur varie selon l’évolution des taux. Si les taux montent, le prix des obligations baisse, et inversement. « Les obligations sont des revenus prévisibles, parfaits pour ceux qui approchent la retraite », explique-t-il.
- Enfin, les actions, ces parts de propriété dans une entreprise, restent les plus volatiles, mais aussi les plus rentables à long terme. « Les dividendes sont faibles aujourd’hui, entre 1 % et 1,5 % pour le S&P 500, mais les gains en capital sur le long terme compensent largement. »
Leçons de 100 ans de données
Roddy illustre son propos avec des projections couvrant près d’un siècle :
- un placement de 10 000 $ en fonds monétaires aurait atteint 13 000 $ en vingt ans ;
- en obligations, il grimperait à 18 000 $ ;
- en actions, il dépasserait 55 000 $.
Cette démonstration, selon lui, justifie l’idée que les actions restent le meilleur rempart contre l’inflation sur le long terme : « Elles bougent beaucoup, mais c’est le prix de la liberté financière », résume-t-il.
Composer son portefeuille
Roddy insiste sur un point souvent négligé : la stratégie doit précéder l’investissement.
« Nous adoptons une approche “plan first”. Il faut d’abord connaître ses besoins et son calendrier avant de bâtir un portefeuille. »
Un retraité privilégiera ainsi 70 % d’obligations et 30 % d’actions, pour un rendement annuel moyen de 7 %, avec une perte potentielle maximale de 14,5 %. À l’inverse, un investisseur plus jeune, avec 70 % d’actions, pourrait viser un rendement moyen de 9 %, en acceptant davantage de volatilité.
L’argent comme outil, pas comme fardeau
Pour Joe Roddy, la clé n’est pas seulement de faire fructifier l’argent, mais d’apprendre à l’utiliser avec conscience. « Les fonds monétaires sont votre bouée de secours, les obligations votre revenu de remplacement, et les actions votre croissance future », conclut-il avec un sourire.
Un conseil qu’il répète à ses clients depuis trois décennies :
« L’objectif n’est pas de battre le marché. C’est d’arriver en paix à la retraite, avec un plan qui vous ressemble. »
Oui, mais je suis Français.e! Ces conseils ne me sont pas utiles!
Les propos de Joe Roddy trouvent leur origine dans le contexte américain, nous vous l’accordons. Mais ils résonnent fortement pour les épargnants français, confrontés eux aussi à un environnement financier en mutation. En France, la culture de l’investissement reste encore marquée par la méfiance envers les marchés financiers.
Une enquête de l’AMF publiée en 2025, près de 70 % des Français privilégient toujours l’épargne de précaution (livret A, LDDS, ou assurance-vie en fonds euros) plutôt que les placements en actions, malgré des rendements faibles, souvent inférieurs à l’inflation. Pourtant, les principes défendus par Roddy comme la diversification, un horizon long, une clarté des objectifs s’appliquent parfaitement à la réalité hexagonale.
En France, un investisseur peut construire un portefeuille équilibré en combinant fonds euros pour la stabilité, obligations via des fonds obligataires pour générer un revenu régulier, et ETF ou OPCVM actions pour la croissance à long terme. « L’important, c’est de ne pas se laisser gouverner par la peur des marchés », explique Sophie Fagnani, conseillère en gestion de patrimoine à Paris. « Un portefeuille diversifié d’ETF européens et américains peut rapporter entre 5 et 8 % par an sur dix ans, ce qui est très supérieur à l’épargne réglementée. »
La clé est de définir son horizon de vie plutôt que de courir après le produit miracle. Les jeunes actifs, par exemple, peuvent utiliser un PEA (Plan d’Épargne en Actions) ou une assurance-vie multisupport pour profiter de la performance des marchés tout en bénéficiant d’un cadre fiscal avantageux après 5 ou 8 ans. Les retraités, eux, peuvent s’inspirer de l’approche « obligataire » de Roddy pour sécuriser leur capital tout en percevant des revenus réguliers via des fonds obligataires corporatifs ou des SCPI de rendement.
Dans un pays où l’État a longtemps tenu un rôle paternaliste dans la protection financière des citoyens, cette logique d’autonomie et de planification patrimoniale gagne du terrain. « Nous devons apprendre à penser notre argent comme un outil de liberté, pas simplement comme une épargne de précaution », résume Marc Fiorentino, économiste et chroniqueur financier.


