Le géant américain du café, Starbucks, va céder 60 % du capital de sa filiale chinoise au fonds d’investissement hongkongais Boyu Capital pour environ 4 milliards de dollars.
L’accord prévoit la création d’une coentreprise, dans laquelle Starbucks conservera 40 % des parts, tout en gardant la propriété de la marque et le siège de ses opérations chinoises à Shanghai.
La Chine reste le deuxième marché mondial du groupe, derrière les États-Unis, avec près de 8 000 points de vente, soit près d’un quart de ses cafés dans le monde. Mais après vingt-cinq ans d’expansion spectaculaire, la dynamique s’est essoufflée. En 2024, les ventes ont chuté de 14 % par rapport à l’année précédente.
La montée irrésistible de Luckin Coffee
Depuis son arrivée en Chine en 1999, Starbucks a longtemps été synonyme de modernité et de prestige. Mais un nouvel acteur a bouleversé le paysage, c’est Luckin Coffee, une start-up née en 2017 à Pékin, aujourd’hui leader national avec plus de 22 000 cafés dans le pays.
Son secret ? Des prix plus bas, des promotions permanentes et un modèle tourné vers la vente à emporter et la livraison rapide. Face à cette offensive, Starbucks a dû baisser ses prix, au risque d’amputer ses marges.
L’entreprise de Seattle espère désormais que Boyu Capital l’aidera à reconquérir du terrain dans un marché où les habitudes de consommation évoluent très vite.
Boyu Capital, un allié bien implanté
Fondé en 2011, Boyu Capital détient déjà des parts dans Alibaba, WeBank ou CATL, le géant chinois des batteries. Ce fonds discret, dont les fondateurs comptent le petit-fils de l’ancien président Jiang Zemin, connaît parfaitement le monde des affaires chinois et entretient de solides réseaux politiques et économiques.
L’objectif de ce partenariat est clair : ouvrir davantage de cafés dans les villes moyennes et petites, où Starbucks reste peu présent.
« La connaissance du marché local et l’expertise de Boyu vont nous aider à accélérer notre croissance en Chine », a déclaré le PDG Brian Niccol, nommé l’an dernier pour redresser le groupe à l’échelle mondiale.
Selon lui, Starbucks pourrait passer de 8 000 à plus de 20 000 points de vente dans les années à venir.
La valeur estimée de Starbucks est à 13 milliards de dollars
Starbucks estime que la valeur totale de ses activités en Chine atteint 13 milliards de dollars.
Malgré cette transaction, le groupe garde le contrôle de son image et de son concept, au cœur de son identité : des cafés spacieux où les clients se retrouvent, travaillent ou se détendent, loin du modèle express privilégié par Luckin.
Les analystes s’accordent sur un point : mieux vaut pour Starbucks capitaliser sur son ADN que se lancer dans une guerre des prix qu’elle ne pourrait pas gagner.
Un modèle déjà éprouvé ailleurs
La stratégie adoptée par Starbucks n’est pas nouvelle. En 2017, McDonald’s avait vendu 80 % de ses activités en Chine et à Hong Kong à un consortium mené par Citic pour 2,1 milliards de dollars.
L’opération avait permis à la marque au “M” jaune d’accélérer son développement local tout en réduisant ses risques financiers.
Selon Jason Yu, directeur général du cabinet CTR Market Research, la démarche de Starbucks suit la même logique, même si Boyu est « plus souple qu’un acteur étatique comme Citic » et peut offrir « un soutien stratégique et technologique ».
Un pari sur l’avenir chinois
Pour Boyu, investir dans Starbucks revient à miser sur la montée en gamme du marché chinois. Le fonds, déjà présent dans la bubble tea Mixue Group et les grands magasins de luxe SKP, s’intéresse de plus en plus aux marques grand public à forte identité.
Pour Starbucks, c’est une manière de se relancer sans se retirer, de partager les risques tout en gardant la main sur l’expérience client.


