Bruxelles (Le Parisien Matin) 23 Septembre 2026 – L’économie européenne affiche une résilience inattendue face à la hausse des coûts de l’énergie et aux perturbations géopolitiques en Ukraine et au Moyen-Orient. L’activité du secteur privé dans la zone euro a enregistré en septembre sa croissance la plus rapide depuis plus de trois ans, selon la dernière enquête d’S&P Global.
Expansion Rapide du Secteur Privé dans la Zone Euro
L’indice composite PMI Flash de la production de la zone euro, publié par S&P Global, a progressé pour atteindre 53,1 en septembre, contre 52,0 en août. Pour rappel, un indice supérieur à 50 indique une expansion de l’activité économique. Ce résultat dépasse largement les prévisions des analystes, qui tablaient sur un recul à 51,7. Les données suggèrent que les entreprises de la zone monétaire ont jusqu’à présent réussi à absorber une grande partie des pressions exercées par la cherté de l’énergie et les tensions sur les chaînes d’approvisionnement.
Croissance Solide en Allemagne et en France
La reprise économique s’est manifestée de manière générale à travers plusieurs des principales économies du bloc. L’Allemagne, première puissance économique de la région, a enregistré une croissance solide au cours du mois de septembre, et ce malgré les pressions inflationnistes croissantes qui pèsent sur les entreprises. Les performances de la France ont également contribué à cette dynamique positive, soutenant l’ensemble de l’activité régionale.
La Demande et le Commerce Extérieur Soutiennent la Dynamique
Les nouvelles commandes passées dans l’ensemble de la zone euro ont augmenté au rythme le plus rapide enregistré depuis plus de quatre ans. Cette progression a été favorisée par un renforcement des exportations ainsi que par une augmentation des échanges commerciaux au sein même du bloc monétaire. En parallèle, l’activité dans le secteur des services a connu une nette amélioration, atteignant son niveau le plus élevé en près d’un an et surpassant nettement les attentes initiales.
Pour répondre à cette hausse de la demande, les entreprises ont accru leurs effectifs, embauchant de nouveaux collaborateurs. Néanmoins, cette expansion s’est accompagnée d’une hausse des coûts des intrants, en raison de la persistance de prix de l’énergie élevés attribués au conflit impliquant les États-Unis et l’Iran. Une partie de ces surcoûts a pu être répercutée sur les clients finaux. Jack Allen-Reynolds, analyste chez Capital Economics, a souligné que l’amélioration marquée du PMI composite en septembre conforte l’anticipation d’une progression du produit intérieur brut (PIB) au troisième trimestre, en dépit de la faiblesse des données d’activité officielles enregistrée en juillet.
Défis Monétaires et Implications pour la Banque Centrale Européenne
Ces indicateurs économiques favorables compliquent toutefois la tâche des décideurs de la Banque Centrale Européenne (BCE) en matière de politique monétaire. La banque centrale a déjà relevé ses taux d’intérêt à deux reprises au cours de l’année pour contrer l’inflation alimentée par la cherté de l’énergie.
Les marchés financiers intègrent désormais l’hypothèse de trois hausses de taux supplémentaires de la part de la BCE d’ici la fin du mois de juin 2027. Selon les déclarations de Carsten Brzeski, analyste chez ING, ces publications de indices PMI rendent difficile, y compris pour les responsables politiques les plus accommodants au sein de la BCE, d’écarter totalement la perspective d’un nouveau durcissement monétaire.
Contexte Énergétique et Perspectives Structurelles
La recrudescence des tensions géopolitiques au Moyen-Orient et le conflit en Ukraine continuent de faire peser des risques sur les marchés mondiaux de l’énergie. Les perturbations des flux d’hydrocarbures ont provoqué une volatilité accrue des prix du gaz et du pétrole brut. Les analyses de la BCE indiquent que la transmission des fluctuations des prix de gros du gaz naturel vers l’inflation mesurée à la consommation s’effectue désormais plus rapidement qu’au cours des cycles précédents. Dans plus de la moitié des pays de la zone euro, les variations des prix de gros se traduisent par une inflation des prix du gaz pour les ménages dans un délai de un à trois mois.
Cette rapidité de transmission est le fruit des réformes structurelles et de la libéralisation des marchés de l’énergie menées depuis 2022, qui ont favorisé l’adoption de contrats plus flexibles et de durées plus courtes. Bien que les prix de l’électricité affichent une sensibilité moindre face aux variations du gaz grâce à l’essor des énergies renouvelables, l’exposition des marchés aux chocs d’approvisionnement demeure un point de vigilance majeur pour les institutions européennes.
Face à ces vulnérabilités persistantes, les gouvernements européens et les instances communautaires poursuivent leurs efforts pour accélérer la transition vers l’indépendance énergétique. Le développement des infrastructures vertes, l’expansion des capacités solaires et éoliennes, ainsi que la diversification des routes d’approvisionnement en gaz naturel liquéfié (GNL) s’inscrivent dans cette stratégie à long terme visant à prémunir l’économie européenne contre les crises géopolitiques futures.


