PARIS, 4 juillet (Le Parisien Matin) – Des dizaines de milliers de personnes ont défilé dans plus de 110 villes à travers la France, notamment à Toulouse, Dijon, Agen et Nantes, pour protester contre les failles du système judiciaire face aux violences sexuelles. Ce mouvement d’ampleur nationale, qui a rassemblé environ 100 000 participants rien qu’à Paris, fait suite au viol et au meurtre de Lyhanna, une jeune fille de 11 ans dont le corps a été retrouvé dans un silo abandonné près de Fleurance.
Les manifestants dénoncent un système défaillant qui, selon eux, protège les agresseurs au détriment des victimes. La colère a été ravivée par le parcours du suspect principal, un homme de 41 ans déjà visé par deux accusations antérieures pour viol sur mineur, restées sans suite ou enlisées dans les procédures judiciaires.
Le rassemblement, porté par une coalition de 180 associations de protection de l’enfance et collectifs féministes, réclame une loi complète et transversale. Les organisateurs refusent les mesures fragmentées et exigent un financement accru pour le soutien aux victimes, une amélioration de la prévention et une réforme profonde des procédures judiciaires.
Le taux de classement sans suite des plaintes pour viol atteint aujourd’hui 94 %, un chiffre régulièrement dénoncé par les militants. Cette statistique illustre, selon les associations, une démission des institutions face aux crimes sexuels. Lors des marches, les slogans ont réclamé la vérité, soulignant l’urgence de protéger les mineurs face à un système jugé sous-financé et inefficace.
Face à l’indignation, le président Emmanuel Macron a reconnu publiquement l’existence de dysfonctionnements manifestes. Il a exprimé sa crainte d’une rupture de confiance entre les citoyens et les institutions judiciaires françaises. De son côté, le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a présenté ses excuses pour cet échec majeur.
Le ministre a ordonné aux procureurs de procéder à un examen d’urgence de 70 000 dossiers d’allégations d’abus sexuels sur mineurs, avec une échéance fixée au 14 juillet 2026. Cette directive intervient après qu’un rapport officiel de 2022 a révélé que, dans 70 % des cas de pédocriminalité, les enquêteurs n’avaient pas cherché de preuves matérielles sur les appareils numériques des suspects après leur audition.
Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des Femmes, a déclaré :
« Nous ne pouvons pas avoir un système judiciaire sous-financé qui protège les attaquants plutôt que les victimes. »
Les collectifs organisateurs maintiennent la pression, avec des rassemblements hebdomadaires prévus devant les tribunaux régionaux et le ministère de la Justice, afin d’obtenir des changements concrets et durables dans le traitement judiciaire des violences sexuelles.


