Vendredi matin, le bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a confirmé qu’un vote majoritaire avait validé une feuille de route en cinq points, dont l’un des axes centraux consiste à prendre le contrôle de Gaza Ville. Contrairement aux déclarations passées de Netanyahou, qui avait promis une mainmise sur l’ensemble de la bande de Gaza, ce plan se concentre officiellement sur la ville la plus peuplée du territoire.
Les cinq objectifs énoncés sont clairs : désarmer le Hamas, libérer tous les otages, neutraliser les capacités militaires de Gaza, instaurer un contrôle sécuritaire israélien, et mettre en place une « administration civile alternative » qui ne soit ni affiliée au Hamas ni à l’Autorité palestinienne. Dans un communiqué, l’armée israélienne a dit qu’elle se préparerait à entrer dans Gaza City tout en « assurant une aide humanitaire à la population civile » située hors des zones de combat.
S’opposer au plan d’Israël
Les familles des otages encore retenus à Gaza craignent pour la vie des vingt personnes que l’on pense toujours en vie. À leurs yeux, toute attaque de grande envergure dans la ville pourrait réduire à néant les chances de retrouver leurs proches sains et saufs. « Cela revient à jouer avec la vie de nos enfants », affirment certains proches lors de rassemblements organisés à Tel-Aviv.
La communauté internationale a également exprimé sa réprobation. Le Premier ministre britannique Keir Starmer qualifie la décision d’« erronée » et demandé Israël de la reconsidérer. « Cette action n’apportera rien pour mettre fin à ce conflit ou pour libérer les otages. Elle ne fera qu’ajouter du sang versé », a-t-il déclaré. Starmer dit que le Hamas « ne peut avoir aucun rôle dans l’avenir de Gaza ». L’ONU, par la voix de son Haut-Commissaire aux droits de l’homme Volker Türk, a averti que cette offensive se traduirait par « plus de déplacements forcés massifs, plus de morts, plus de souffrance insupportable et de destructions insensées ».
On prend des risques avec des vies humaines
Presque toute la population de Gaza a été déplacée, souvent à plusieurs reprises. L’ONU a communiqué que près de 87 % du territoire est soit militarisé, soit soumis à des ordres d’évacuation. La grande majorité des habitants, plus de deux millions, est désormais concentrée dans des zones côtières ou dans des camps de réfugiés, dans des conditions de survie précaires.
Les médias israéliens rapportent que le plan prévoit, dans un premier temps, de déplacer environ un million de résidents de Gaza City vers le sud, avant de lancer une deuxième phase militaire qui viserait également les camps de réfugiés du centre et certaines zones où se trouvent des otages. Ce déplacement massif, selon d’anciens responsables de la sécurité internationale comme Mark Lyall Grant, constituerait une violation du droit international. « Si vous déplacez un million de personnes de manière semi-permanente, il n’y a pas de doute sur le caractère illégal de l’opération », a-t-il déclaré.
Depuis l’attaque du 7 octobre 2023, qui a coûté la vie à environ 1 200 Israéliens et conduit à la capture de 251 otages, Israël a lancé une offensive militaire qui a déjà tué plus de 61 000 Palestiniens, d’après les chiffres du ministère de la Santé de Gaza, contrôlé par le Hamas. Aujourd’hui, l’armée affirme détenir environ les trois quarts du territoire, mais les zones restantes, camps de réfugiés et poches urbaines denses, concentrent l’essentiel de la population survivante.
Les conditions de vie se sont dégradées à un point que les organisations humanitaires jugent catastrophique. La famine menace une grande partie de la population. L’Organisation mondiale de la santé a recensé en juillet près de 12 000 cas de malnutrition aiguë chez les enfants de moins de cinq ans. Médecins Sans Frontières dénonce des violences récurrentes autour des sites de distribution gérés par la Gaza Humanitarian Foundation (GHF), soutenue par Israël et les États-Unis. Depuis mai, des centaines de Palestiniens y ont été tués, ce que l’armée nie.
Pas de cessez-le-feu en vue
L’administration américaine affirme que le blocage vient du Hamas, tandis que ce dernier accuse Netanyahou de « sacrifier les otages » pour ses « intérêts personnels » et de poursuivre une politique de « déplacement et d’extermination ».
La perspective d’une occupation prolongée de Gaza Ville, et peut-être de toute la bande de Gaza, reste incertaine sur le plan militaire


