Jordan Bardella risque d’être propulsé à la tête du RN si Marine Le Pen reste inéligible.
Marine Le Pen a surpris la classe politique il y a quelques jours après avoir déclaré qu’elle pourrait abandonner sa candidature à la présidentielle de 2027 si la justice confirme son interdiction actuelle de se présenter.
Elle comparaîtra le 13 janvier pour faire appel de sa condamnation dans l’affaire des emplois présumés fictifs au Parlement européen. La décision initiale lui a valu cinq années d’inéligibilité. Elle conteste toujours les faits.
Cette peine pourrait toutefois être annulée ou allégée en appel. Dans le cas contraire, dit-elle, elle ne forcera pas la porte de la campagne. « Je refuse d’entretenir du flou », a-t-elle expliqué sur RTL, elle précise alors qu’elle laisserait alors la main à Jordan Bardella, son héritier politique de 30 ans.
Le calendrier reste incertain : le verdict final ne sera connu qu’à la fin du procès. Elle pourrait donc revenir sur ses propos, même si elle affirme vouloir éviter toute ambiguïté. Certes, un recours devant une juridiction supérieure resterait possible, mais elle juge le délai incompatible avec une campagne présidentielle sérieuse. « Si je récupère mes droits trop tard, la course sera déjà lancée », a-t-elle reconnu.
Un sondage Elabe publié début janvier place pourtant Le Pen et Bardella largement en tête des intentions de vote au premier tour, loin devant leurs adversaires. Si le RN passe, l’avenir de l’Europe risque de changer du jour au lendemain.
L’Europe assiste à une “extrême-droitisation”.
Pendant que la droite radicale progresse dans les sondages nationaux, elle remporte aussi des batailles symboliques au Parlement européen. Jeudi, une large majorité d’eurodéputés de droite, menée par le Parti populaire européen (PPE), a voté l’allègement de plusieurs règles écologiques.
Ce vote a figé un moment politique rare : les groupes centristes, qui formaient jusqu’ici un front commun, se sont divisés.
Le PPE a décidé d’avancer sans ses partenaires habituels – sociaux-démocrates, libéraux et écologistes et a trouvé de nouveaux alliés… chez les formations d’extrême droite. Un geste impensable il y a encore quelques années et qui enterre de fait le vieux principe du « cordon sanitaire ».
Jordan Bardella, président du groupe des Patriotes (RN au Parlement européen), ne cache pas sa satisfaction : « Nous avons montré que notre présence pèse vraiment. » Pascale Piera, l’une des négociatrices, y voit « une journée importante » qui prouve que son parti est capable de s’imposer dans les discussions techniques.
Un Parlement européen qui fonctionne autrement
Pour les partis centristes et écologistes, la décision du PPE est un choc. Terry Reintke, coprésidente des Verts, ne mâche pas ses mots : « C’est mauvais pour la coopération, pour l’Europe, et pour toutes les protections qui dépendaient de ce vote. »
Aucune dissolution n’est possible dans l’Union européenne, malgré ce manque de confiance entre partis : tout le monde doit cohabiter jusqu’en 2029.
Dans cette nouvelle configuration, le PPE joue un rôle pivot. Pour certains dossiers, il peut s’appuyer sur la droite radicale ; pour d’autres, il reviendra vers ses partenaires centristes.
Jeudi en est la preuve : les règles environnementales ont été assouplies avec l’appui de la droite dure, mais la définition des objectifs climatiques pour 2040 a été validée, elle, avec une majorité plus classique qui inclue les libéraux et la gauche.
Plusieurs élus du centre estiment que certains membres du PPE profitent de leur nouvelle influence, après avoir été mis de côté les années précédentes par une majorité plus à gauche. Un responsable de la Commission y voit même une forme de revanche interne.
Une extrême droite mieux organisée qu’avant
Pendant longtemps, les groupes nationalistes siégeaient au Parlement européen sans y travailler réellement. Ils utilisaient Strasbourg comme une vitrine, pas comme un lieu de négociation.
Depuis l’élection de 2024, cela change.
Un conseiller du Parlement confirme que ces formations maîtrisent désormais les règles internes, s’impliquent dans les dossiers, et apprennent à construire des alliances. Bardella l’assume : son groupe veut prouver qu’il peut « agir, comprendre les mécanismes et proposer des textes qui tiennent debout ».
À force d’amendements déposés en coulisses et de votes systématiques avec le PPE sur certains sujets, les Patriotes obtiennent aujourd’hui de premières victoires concrètes.
Von der Leyen fragilisée par sa propre famille politique
Pour Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, la manœuvre de son propre camp complique les choses. Elle a déjà affronté plusieurs motions de censure et des menaces sur le budget européen.
Voir son parti s’allier avec des groupes eurosceptiques met en péril plusieurs projets qui lui tiennent à cœur, en particulier la politique climatique.
La cheffe des libéraux, Valérie Hayer, l’a rappelé sans détour : « Votre majorité repose sur la stabilité. La décision du PPE affaiblit exactement cela. »
Pour les Verts aussi, la responsabilité de von der Leyen est engagée : selon Terry Reintke, elle devra empêcher, à l’avenir, son camp de s’appuyer sur la droite radicale.


