Des affrontements armés entre les forces thaïlandaises et cambodgiennes à leur frontière disputée ont fait douze morts, selon les autorités thaïlandaises. Ce regain de violence ravive un conflit vieux de plus d’un siècle entre ces deux voisins d’Asie du Sud-Est, autour d’un territoire frontalier sensible.
Un retour de la violence que l’on pressentait bien.
L’armée thaïlandaise décrète que la majorité des victimes sont des civils, originaires des provinces thaïlandaises de Surin, Ubon Ratchathani et Srisaket.
Parmi les onze civils tués figurent un enfant de huit ans et un adolescent de quinze ans, ainsi qu’un militaire. Plusieurs blessés sont également signalés.
Le Cambodge n’a pas encore communiqué sur d’éventuelles pertes de son côté.
Les combats ont éclaté tôt jeudi matin, chaque camp accusant l’autre d’avoir ouvert le feu en premier. La Thaïlande dit que les hostilités ont débuté vers 7h30 (00h30 GMT) lorsque des drones cambodgiens ont survolé leurs positions, suivis par l’arrivée de soldats armés de lance-roquettes.
Des négociations auraient échoué et entraîné des tirs cambodgiens vers 8h20, ce qui force la Thaïlande à riposter. Le Cambodge dit que ce sont des soldats thaïlandais qui ont violé un accord en s’approchant d’un temple khmer-hindou et en installant des barbelés, avant de tirer en l’air et d’attaquer à 8h46.
L’escalade a été rapide : la Thaïlande accuse le Cambodge d’avoir utilisé des lance-roquettes BM-21 et de l’artillerie lourde, ce qui a endommagé des maisons, un hôpital et une station-service. Le Cambodge dénonce, lui, des frappes aériennes thaïlandaises sur son territoire et un déploiement excessif de forces.
Un voisinage peu paisible entre la Thaïlande et le Cambodge
La Thaïlande a fermé sa frontière avec le Cambodge, tandis que Phnom Penh a réduit ses relations diplomatiques, et accuse Bangkok d’usage “excessif” de la force.
Les deux pays ont demandé aux citoyens de quitter les zones frontalières. Environ 40 000 civils thaïlandais ont été évacués vers des lieux plus sûrs. “C’est vraiment grave, nous sommes en pleine évacuation“, témoigne Sutian Phiwchan, habitant du district de Ban Dan, dans la province thaïlandaise de Buriram, près de la frontière, dans une déclaration à la BBC.
Cela ne surprend personne
Ce différend frontalier remonte à plus d’un siècle, lorsque les frontières furent tracées sous l’occupation française du Cambodge.
En 2008, le Cambodge a proposé l’inscription d’un temple du XIe siècle, situé dans la zone contestée, au patrimoine mondial de l’UNESCO, ce qui cause l’opposition de la Thaïlande.
Depuis, des affrontements sporadiques ont fait des victimes des deux côtés.Les tensions se sont récemment aggravées en mai dernier, après la mort d’un soldat cambodgien dans un accrochage. Encore une fois, les relations bilatérales plongent à leur plus bas niveau en une décennie.
Ces derniers mois, les deux pays ont imposé des restrictions commerciales et renforcé leur présence militaire à la frontière.
Le premier ministre par intérim thaïlandais, Phumtham Wechayachai, a qualifié la situation de “délicate“, plaidant pour une résolution respectueuse du droit international.
De son côté, le premier ministre cambodgien Hun Manet insiste sur une solution pacifique, tout en expliquant que son pays n’a d’autre choix que de répondre militairement à une “agression armée“.
Les précédents affrontements se sont généralement apaisés rapidement mais la situation actuelle est compliquée par des dynamiques politiques internes.
Au Cambodge, Hun Manet, fils de l’ancien dirigeant Hun Sen, cherche encore à asseoir son autorité. Hun Sen, figure nationaliste influente, semble prêt à attiser le conflit pour renforcer son image.
En Thaïlande, une coalition gouvernementale fragile, soutenue par l’ancien premier ministre Thaksin Shinawatra, est fragilisée par des disputes internes, après la suspension de la fille de Thaksin, Paetongtarn Shinawatra, comme première ministre, à la suite d’une fuite d’une conversation privée orchestrée par Hun Sen.


