Marine Le Pen joue une partie essentielle de son avenir politique cette semaine. La cheffe historique du Rassemblement national comparaît à Paris dans le cadre d’un appel qui déterminera si elle pourra, ou non, se présenter à l’élection présidentielle de 2027. L’enjeu est majeur : une confirmation de la décision rendue en première instance la priverait de toute candidature nationale pendant cinq ans.
Condamnée l’an dernier pour détournement de fonds européens, Marine Le Pen avait été frappée d’une inéligibilité immédiate. Une sanction lourde, qui avait provoqué un choc politique tant elle apparaissait alors comme l’une des figures les mieux placées dans la course à l’Élysée.
La lourde condamnation d’une femme politique en pleine ascension
Les juges avaient estimé que plus de 4 millions d’euros de fonds du Parlement européen avaient été utilisés entre 2004 et 2016 pour rémunérer des collaborateurs travaillant en réalité pour le parti, et non pour des activités parlementaires. Marine Le Pen, le RN et dix autres prévenus avaient été reconnus coupables.
Le parti a été condamné à une amende de deux millions d’euros, dont la moitié avec sursis, tandis que l’Union européenne s’est vu accorder plus de trois millions d’euros de dommages et intérêts.
La défense conteste fermement cette lecture et dit que l’utilisation des fonds était conforme aux règles en vigueur. L’audience d’appel s’ouvre mardi et doit s’achever le 12 février, avec une décision attendue avant l’été.
Si la peine d’inéligibilité est levée ou significativement réduite, Marine Le Pen pourrait encore se positionner pour 2027. Dans le cas contraire, elle serait définitivement écartée de la prochaine présidentielle.
Anticipant ce scénario, elle a déjà désigné son dauphin : Jordan Bardella. À 30 ans, le président du RN incarne une nouvelle génération et bénéficie d’une popularité croissante. Il a réaffirmé son soutien total à Marine Le Pen, assurant qu’elle « démontrera son innocence ».
Marine Le Pen est diabolisée en France mais soutenue partout ailleurs
Aux États-Unis, Donald Trump et plusieurs membres de son entourage ont publiquement exprimé leur soutien à Marine Le Pen après sa condamnation. Toute confirmation de son inéligibilité alimente leur discours qui parle d’une instrumentalisation de la justice contre les mouvements nationalistes.
Des discussions internes à l’administration américaine sur de possibles sanctions contre des magistrats français ont même été évoquées par la presse allemande, avant d’être officiellement démenties par le département d’État.
Marine Le Pen, fidèle à une ligne de victimisation désormais bien rodée, décrit une décision politique déguisée en jugement judiciaire. Elle accuse les magistrats d’avoir voulu l’écarter du jeu démocratique. En fait, elle reprend un vocabulaire proche de celui employé par Donald Trump face aux tribunaux américains.
Les juges, eux, avaient justifié l’application immédiate de la peine par la nécessité de préserver « l’ordre public démocratique », en soutenant qu’un maintien en fonction aurait causé un préjudice irréversible.
Les sondages montrent toutefois une opinion publique majoritairement favorable à la décision judiciaire, signe que l’argument de la persécution ne fait pas consensus.
L’après-Le Pen déjà en marche ?
Quoi qu’il advienne de l’appel, le paysage politique de l’extrême droite française évolue. Plusieurs enquêtes d’opinion récentes suggèrent que Jordan Bardella pourrait s’imposer largement au second tour d’une présidentielle, quel que soit son adversaire.
Pour certains analystes, cette transition générationnelle est déjà actée dans l’esprit d’une partie de l’électorat. « Les Français ont en partie tourné la page Marine Le Pen », estime un politologue cité par Reuters, soulignant que ses difficultés judiciaires ont paradoxalement renforcé la stature de son successeur désigné.


