De nombreux couples sont frappés par l’infidélité, mais la douleur ne vient pas seulement de la trahison sexuelle elle-même. Elle provient surtout de l’arsenal de manipulations, de mensonges et de distorsions de la réalité mis en place pour cacher la vérité.
La thérapeute Michelle Mays (LPC) rappelle que « le gaslighting et la malhonnêteté systématique constituent une forme d’abus émotionnel, car ils visent à séparer une personne de sa capacité à percevoir la réalité ».
Les trois blessures irréversibles du partenaire trahi
Dans son Attachment-Focused Partner Betrayal Model, Michelle Mays explique que toute personne trompée subit trois blessures majeures :
- La blessure d’attachement : la base de sécurité affective s’effondre. L’autre, censé être un refuge, devient source de danger.
- La blessure sexuelle : la sexualité du partenaire trahi est bouleversée, teintée de comparaison, d’humiliation et de doute.
- La blessure émotionnelle et psychologique : conséquence directe du gaslighting, elle résulte d’années de mensonges, de manipulations et d’intimidations visant à protéger le secret.
Les quatre visages du gaslighting
Mays explique que le gaslighting prend quatre formes principales dans le cadre de l’infidélité :
- Le mensonge pur et simple : dissimuler ses activités, inventer des alibis, ou omettre volontairement des informations.
- La manipulation de la réalité : nier ce qui a été vu, entendu ou découvert. Un message supprimé, un appel mystérieux, une preuve qui disparaît… et le partenaire finit par douter de ses propres sens.
- Le bouc émissaire : blâmer la victime. « Si tu étais plus attentif·ve, plus désirable, plus ouvert·e sexuellement, je n’aurais pas eu besoin d’aller voir ailleurs. ».
- La coercition : allant de la séduction et du “love bombing” pour détourner les soupçons, jusqu’à l’intimidation ou la violence psychologique et physique.
Ces tactiques ont pour but unique de protéger le secret, au prix de la santé mentale de l’autre.
Les étapes de la désorientation psychologique
La psychologue Robin Stern a décrit les trois phases typiques par lesquelles passe une personne victime de gaslighting :
- L’incrédulité : « Je n’arrive pas à croire qu’il/elle puisse me mentir aussi ouvertement ».
- La défense : la victime accumule les preuves, se bat pour défendre sa perception de la réalité.
- La dépression : épuisée par les conflits sans issue, elle finit par douter d’elle-même et abandonner sa propre vérité.
Le séisme intérieur après la révélation
Quand la vérité finit par éclater, le partenaire trahi découvre l’ampleur des mensonges accumulés. Michelle Mays dit que cette découverte entraîne souvent une méfiance généralisée : si la personne la plus proche a menti, qui peut encore être digne de confiance ?
On voit aussi une confusion identitaire car le récit de la vie commune s’effondre, obligeant à “recoller les morceaux” de deux chronologies parallèles : la vie supposée et la vie cachée. Enfin, on voit souvent une fatigue émotionnelle car lutter contre le mensonge use plus sûrement que l’infidélité elle-même.
Se guérir des blessures liées à l’infidélité
Michelle Mays nous dit que « la première étape n’est pas de se demander : comment vais-je pouvoir faire confiance à mon partenaire à nouveau ? mais bien : comment vais-je pouvoir me refaire confiance à moi-même ? C’est là le cœur du travail de guérison. »
Elle parle aussi d’un concept qu’elle a inventé, la “gaslighting dance”, cette danse où l’un ment, déforme ou confond, et où l’autre réagit en doutant de soi, en argumentant ou en s’épuisant. L’exercice qu’elle nous propose : écrire noir sur blanc « Quand mon partenaire me dit ceci, voilà ce que je fais… ». Et ensuite, apprendre à se retirer de la danse, c’est-à-dire refuser d’entrer dans le cycle du déni, de la défense ou du désespoir.
« Je rappelle aussi ce que j’ai dit plus tôt : « porter la honte », cette impression de « je suis stupide d’y avoir cru » ne doit pas rester sur les épaules de la personne trahie. Comme je l’ai souligné, la responsabilité du mensonge appartient à celui qui ment, pas à celui qui a fait confiance. » dit-elle.
Pour ceux qui se sentent déclenchés, elle partage un outil en deux étapes :
- Calmer le corps (respirer profondément, marcher, bain chaud, couverture lestée, peu importe l’outil qui apaise votre système nerveux).
- Nommer l’émotion réelle : plutôt que de dire « je me sens mal », dire « je suis triste », « je suis en colère », « je suis effrayé·e ».
« Enfin, je veux citer cette idée essentielle. Il existe un chemin pour sortir du gaslighting. Il commence par la confiance en soi, la résilience intérieure, et la certitude que l’on peut se fier à ce que l’on voit et à ce que l’on ressent. » dit-elle
Alors oui, le processus est long, il est chaotique, parfois douloureux. Mais comme le dit Mays : « La guérison n’est pas linéaire. Mais elle est possible. Et ce que je voudrais que vous reteniez, c’est que beaucoup de partenaires trahis que j’ai accompagnés ont fini par retrouver des repères : soit en reconstruisant une relation plus saine, soit en bâtissant une nouvelle vie plus stable, plus authentique. »


