Dans les années 1980, un simple déjeuner à Goa s’est transformé en l’arrestation historique de Charles Sobhraj, surnommé le « Bikini Killer » et « le Serpent ».
Ce jour-là, un policier de Mumbai, Madhukar Zende, a gagné une place durable dans la mémoire collective. Des années plus tard, son nom reste associé à cette traque spectaculaire. Mais Zende n’a jamais été qu’« Hello Charles », la phrase qu’il lança en coinçant le criminel. Son parcours dans la police fourmille d’histoires incroyables, que l’ancien inspecteur raconte désormais dans ses mémoires.
Des mémoires et une série Netflix
À 80 ans passés, Zende revient sur ses décennies au sein de la police de Mumbai dans Mumbai’s Most Wanted, publié chez HarperCollins India avec l’aide de son fils, Jai Vijaya Madhukar Zende. Son récit a inspiré un nouveau film Netflix, Inspector Zende, porté par Manoj Bajpayee et Jim Sarbh.
Le légendaire face-à-face avec Charles Sobhraj avait déjà alimenté quatre biographies, trois documentaires, un film de Bollywood (Main Aur Charles), la série BBC/Netflix The Serpent en 2021, et encore récemment la production Black Warrant en 2025. Mais cette fois, c’est la voix du policier lui-même qui prend le devant de la scène.
« La police est un service, pas une force »
En parlant de sa carrière, Zende ne cache pas sa fierté : « On compare souvent la police de Mumbai à Scotland Yard. Pour moi, nous sommes encore meilleurs ! Mais surtout, je répète toujours : la police n’est pas une force, c’est un service rendu au public. Et ce service ne fonctionne que si les citoyens collaborent. »
Tout au long de l’entretien, l’homme rayonne en évoquant les moments forts de sa vie. Bien sûr, l’arrestation de Sobhraj reste son fait d’armes le plus connu, mais il tient à rappeler que ses aventures dépassent largement cette affaire.
Les aventures de Zende
Parmi ses souvenirs insolites, il raconte en riant comment un éléphant échappé semait la panique dans le quartier de Fort, à Mumbai. « Les gens couraient dans tous les sens. J’ai tiré une charrette pleine de canne à sucre pour détourner l’animal vers une zone vide. Je me suis senti comme Superman ! Je ne sais toujours pas comment j’ai pu courir plus vite qu’un éléphant déchaîné.»
Zende insiste souvent sur la valeur du lien avec les habitants. Affecté dans des quartiers musulmans, il avait appris l’ourdou ainsi que les principes de l’islam pour mieux comprendre la communauté. « Ils m’ont adopté », dit-il. « Pendant les émeutes de 1992, alors que l’ambiance était hostile aux policiers, j’étais l’un des rares qu’ils laissaient approcher. Je suis entré seul, sans arme, dans une rue où la foule menaçait d’incendier un fourgon. J’ai parlé, et ils m’ont écouté. Ce jour-là, c’était ma plus grande victoire : avoir évité un drame grâce au respect. »
Autre épisode marquant : la demi-finale du Rovers Club en 1997, à Cooperage Ground. Un but refusé provoque la colère des supporters. Le match est interrompu, le public réclame un remboursement, les sièges prennent feu et la menace d’incendier le stade grandit. Zende trouve alors une solution simple : il écrit « Éteignez le feu. Vous serez remboursés » sur un tableau noir et fait le tour du terrain. La foule se calme. « C’est la confiance qui sauve, » dit-il. « Sans cette confiance, ce stade prestigieux aurait peut-être disparu en quelques minutes. »
Un respect incroyable pour un homme de courage
Son impartialité et sa rigueur lui ont valu l’estime du public, mais aussi celle de figures du milieu. « Un jour, après ma retraite, je roulais en scooter dans Dharavi. Derrière moi, la Mercedes de Haji Mastan approchait. Il a demandé à son chauffeur de ne pas me dépasser et de changer de route. Plus tard, son conducteur m’a confié qu’il me respectait trop pour me doubler. Pourtant, je l’avais arrêté deux fois dans ma carrière ! »
Dans les rues, il arrivait qu’on scande « Zende Zindabad ! » pour le saluer. Sa réputation avait atteint les plus hauts cercles politiques : Rajiv Gandhi lui-même l’avait invité au Raj Bhavan après avoir lu ses exploits dans la presse. « Un moment inoubliable », confie-t-il.
En repensant à sa carrière, Zende ne veut retenir qu’un message : « Un policier ne réussit jamais seul. Sans la confiance des habitants, il n’est rien. La police doit servir, pas dominer. »


