“C’était mieux avant…”, bien souvent cette phrase résonne comme une nostalgie d’un temps révolu.
Il semblerait que ce soit ce sentiment que veut nous donner un nouveau mouvement dit “masculiniste”, en voulant perpétuer un monde où le patriarcat continuerait à régner en maître.
Leur propos est de contester le féminisme, la place et le désir de la femme. D’ailleurs, le désir masculiniste de vouloir être impérativement considéré comme des hommes va parfois de pair avec l’envie de rabaisser les femmes.
À y regarder de plus près, on n’est pas surpris puisque l’étymologie du mot « envie » vient du latin invidia, qui signifie « regarder avec malveillance » ou « jalousie ».
Cependant, qu’ont ces hommes à vouloir jalouser les femmes ? Ont-ils peur qu’elles prennent toute la place ?
Si on observe les données démographiques mondiales, on constate que la population masculine est légèrement supérieure à la population féminine. “Légèrement” évoque “légèreté”, c’est peut-être cela qui manque dans leur propos.
Pourrait-on considérer qu’on puisse trouver un équilibre entre homme et femme comme cela se fait naturellement dans le monde ?
Depuis #MeToo, on pensait que les choses allaient aller dans une autre direction, celle des femmes, c’était sans compter l’arrivée des algorithmes. Il ne suffisait pas que quelques hommes coupent le chemin, voilà que les algorithmes s’y mettent. Dans la pensée collective, qui dit algorithme dit machine, mais jusqu’à preuve du contraire, ceux qui les conçoivent sont bien des hommes.
Certains réseaux sociaux encouragent, ou du moins alimentent, le masculinisme. À qui pourrait servir cette montée ? J’ai posé quelques questions à la tiktokeuse Abrège Soeur pour qu’elle puisse nous éclairer.
Pouvez-vous nous donner votre définition du masculinisme ?
Le masculinisme est un mouvement qui prétend défendre les droits des hommes, mais qui, en réalité, s’oppose activement au féminisme et cherche à maintenir, voire à rétablir, la domination des hommes sur les femmes, ou du moins à perpétuer une forme d’inégalité.
Qu’est-ce qui vous a poussé à vous engager ?
Je me suis engagée dans le féminisme il y a dix ans, via Facebook. Je ne saurais pas vraiment expliquer pourquoi, car je n’avais pas d’entourage particulièrement engagé, mais le message m’a parlé. J’ai choisi les réseaux sociaux comme moyen d’expression, car il me semblait important de lutter contre la montée de ces mouvements et de porter une voix féministe.
Quel est le retour que vous font les femmes sur cette montée masculiniste sur les réseaux sociaux ?
De nombreuses femmes craignent la montée du masculinisme, mais n’osent pas l’exprimer ouvertement.
Certains algorithmes poussent, tout du moins alimentent, le masculinisme. À qui pourrait servir cette montée ?
L’algorithme a du mal à repérer les contenus dangereux quand ils sont subtils. Les contenus ouvertement misogynes sont souvent bannis rapidement, mais ceux qui prennent la forme de comptes de business de coaching ou de développement personnel passent sous les radars.
Entre looksmaxxing et bone smashing, ces jeunes cherchent-ils à devenir des “alphas”, ou pensent-ils simplement que c’est ce qui plaît aux femmes ?
Il y a les deux, le paradoxe, d’un côté, leur contenu alimente souvent la haine ou le mépris envers les femmes, mais de l’autre, on perçoit aussi une forme de désir de rapprochement ou de reconnaissance vis-à-vis d’elles.
Comment peut-on changer la donne face à ce mouvement “masculiniste” ?
Changer la donne ne sera pas simple, mais ce n’est pas hors de portée. Il est essentiel d’être uni(e)s pour faire face à la désinformation et à l’endoctrinement. Car au-delà des discours ouvertement problématiques, c’est un système plus insidieux, fait de mensonges, de manipulations et de confusion, qui alimente les discours masculinistes.


