Près de trois ans après la disparition de Vivienne Westwood, son nom continue de briller dans l’univers de la mode. Une nouvelle publication, Vivienne Westwood & Jewellery, signée par le critique Alexander Fury, explore un pan souvent oublié de son œuvre : ses bijoux. Dans le même temps, la maison britannique dévoile une collaboration inattendue avec le manga culte NANA, qui mêle mode punk et culture japonaise. Deux hommages qui confirment une chose : Vivienne Westwood n’appartient pas au passé. Elle reste une force créative qui inspire encore aujourd’hui.
Les bijoux de Westwood comme manifeste

Les bijoux de Westwood ne se contentaient pas de compléter une tenue : ils faisaient partie du message. Dès l’ouverture de sa première boutique SEX sur King’s Road dans les années 1970, elle détourne les codes du luxe avec des chaînes de fer, des perles malicieuses et des pendentifs provocants. Le nouveau livre retrace cette histoire foisonnante : des épingles à nourrice aux colliers « Perv » ou « Rock », des médaillons baroques aux orbes couronnées devenues emblématiques.
Alexander Fury y décrit un langage visuel unique, où la provocation devient art. Chaque pièce racontait une histoire : celle du punk londonien, de la liberté féminine, ou encore d’une ironie cinglante envers l’aristocratie anglaise. Le directeur artistique actuel, Andreas Kronthaler, résume bien l’esprit de sa partenaire : « L’Orbe est un bijou, un monde à lui seul – il relie le passé, le présent et le futur. »
L’ombre et la lumière de deux Nanas

Et c’est justement cette fusion entre élégance et rébellion que l’on retrouve dans la nouvelle collection Vivienne Westwood × NANA, conçue pour les 25 ans du manga d’Ai Yazawa. L’univers de la créatrice y trouve un écho presque naturel.
Dans NANA, deux jeunes femmes du même nom partagent un appartement à Tokyo : Nana Komatsu, douce et romantique ; Nana Osaki, chanteuse de punk-rock. Leur amitié, faite d’oppositions et de complicité, évoque parfaitement les contrastes qui ont toujours nourri l’art de Westwood – entre cuir et dentelle, rage et raffinement.
La capsule joue sur ces dualités. Pour Nana Komatsu : des robes pastel, des perles nacrées et des rubans délicats. Pour Nana Osaki : tartan rouge, corsets ajustés et chokers en cuir noir. Des symboles familiers pour les fans de Westwood, qui reconnaîtront l’esprit du Stormy Jacket revisité ou encore la Mini Sunday Dress en popeline rose. Chaque pièce traduit cette rencontre entre la culture punk anglaise et la sensibilité japonaise.
Le projet va plus loin qu’une simple collaboration marketing. Ai Yazawa elle-même a confié que les vêtements portés par ses héroïnes étaient directement inspirés de sa propre garde-robe – constituée en grande partie de pièces signées Vivienne Westwood. Vingt-cinq ans plus tard, ce dialogue entre fiction et mode revient dans le monde réel.
Certaines créations de la capsule ont même valeur d’objets de collection : un collier de perles mêlant chaînes industrielles et pendentif orbe, ou encore un briquet géant en métal argenté, orné de cristaux, limité à 250 exemplaires dans le monde.
Punk, politique et poésie
Derrière chaque couture ou bijou, Westwood portait un message. Ses créations dénonçaient la consommation aveugle, la destruction de l’environnement, la rigidité des institutions. Elle rappelait que la mode pouvait être un outil de réflexion et de résistance.
Cette approche se retrouve dans la collection NANA : certaines pièces utilisent des matériaux recyclés, d’autres reprennent des slogans brodés à la main. La fusion entre la culture punk londonienne et la jeunesse tokyoïte devient alors un langage universel, celui de l’affirmation de soi.


