Ils sont invisibles, persistants et omniprésents. Les PFAS, sont les “polluants éternels”, qui contaminent l’eau, les sols et les organismes vivants depuis des décennies. Créées dans les années 1940 pour leurs propriétés antiadhésives et imperméables, ces substances chimiques ont envahi notre quotidien. on les retrouve dans les poêles en téflon, les vêtements techniques et les emballages alimentaires.
Leur résistance exceptionnelle est devenue un cauchemar environnemental. Les PFAS se dégradent très mal et sont aujourd’hui associés à de graves risques pour la santé : atteintes du foie, troubles hormonaux, affaiblissement du système immunitaire et augmentation de certains cancers.
Une percée scientifique venue du Texas et de Corée
Une équipe internationale de chercheurs menée par Rice University (Texas) et des scientifiques sud-coréens annoncent une avancée majeure. Ils ont mis au point une nouvelle plateforme de purification de l’eau, capable de capturer et détruire les PFAS plus de mille fois plus efficacement que les technologies actuelles.
Cette innovation repose sur un matériau baptisé LDH (Layered Double Hydroxide), composé de couches de cuivre et d’aluminium. Découvert initialement en Corée du Sud, il a révélé tout son potentiel lors d’expérimentations menées à Rice University.
Une efficacité fulgurante, même en milieu naturel
La surprise est venue de la vitesse et de la puissance d’adsorption du matériau. Là où les filtres traditionnels à charbon actif mettent des heures, voire des jours, le LDH agit en quelques minutes. Selon les chercheurs, il élimine les PFAS environ 100 fois plus vite que les filtres commerciaux.
Plus impressionnant encore : cette performance se maintient dans des conditions réelles. Eau de rivière, eau du robinet, eaux usées… Le matériau s’est montré tout aussi efficace, y compris dans des systèmes à flux continu, ce qui ouvre la voie à des applications industrielles et municipales immédiates.
Le secret réside dans la structure interne du LDH. Ses couches organisées, combinées à de légers déséquilibres de charge électrique, créent un environnement idéal pour attirer et retenir les molécules de PFAS. Résultat : une fixation rapide, stable et massive des polluants.
Pour les chercheurs, c’est un changement de paradigme. Jusqu’ici, la plupart des méthodes se contentaient de déplacer la pollution sans réellement la traiter, ce qui génère des déchets secondaires complexes à éliminer.
Détruire les PFAS sans créer de nouveaux déchets
Capturer les PFAS ne suffit pas : il faut aussi les détruire proprement. L’équipe de Rice a développé une méthode complémentaire consistant à chauffer le matériau saturé en présence de carbonate de calcium. Cette étape permet de décomposer plus de la moitié des PFAS piégés, sans libérer de sous-produits toxiques.
Encore mieux : le matériau se régénère au cours du processus. Il peut être réutilisé plusieurs fois sans perte notable d’efficacité. Les tests montrent au moins six cycles complets de capture, destruction et renouvellement — une première pour un système de dépollution des PFAS.
Une solution durable, rare et précieuse
Les chercheurs parlent d’un double succès au vu de la rapidité de dépollution et de la durabilité environnementale. Là où les solutions actuelles déplacent le problème ou génèrent de nouveaux déchets, cette technologie ferme la boucle.
Cette avancée pourrait transformer le traitement de l’eau potable, la dépollution de sites industriels contaminés et la protection des écosystèmes aquatiques.
Vers un déploiement à grande échelle
Publiée dans la revue scientifique Advanced Materials, cette découverte suscite déjà un vif intérêt. Pour le professeur Michael Wong, spécialiste en nanotechnologies à Rice University, il s’agit d’un tournant :
« C’est une technologie unique en son genre, issue d’une collaboration internationale et portée par de jeunes chercheurs. Elle pourrait changer durablement notre manière de traiter l’eau contaminée. »
À l’heure où les PFAS sont progressivement interdits dans plusieurs pays, cette innovation offre enfin une réponse concrète à un problème longtemps considéré comme insoluble. Une rare bonne nouvelle dans le combat contre les pollutions persistantes.


