MOSCOU, 3 juin (Le Parisien Matin) – Le président russe Vladimir Poutine a ordonné à l’Arménie d’abandonner son rapprochement avec l’Union européenne sous peine de perdre son accès privilégié au gaz et au pétrole russes.Cet avertissement survient à la veille d’élections législatives où le Premier ministre Nikol Pachinyan, résolument tourné vers l’Occident, est favori.
Une stratégie russe sous tension
Le dirigeant russe a clairement signifié que toute velléité d’adhésion à l’Union européenne entraînerait la fin des tarifs préférentiels sur le pétrole et le gaz russe. Cette menace survient à quelques jours d’une élection parlementaire cruciale, où le parti du Premier ministre Nikol Pachinyan, aux penchants occidentaux, fait figure de favori.
La situation illustre les difficultés croissantes de Moscou. Engagée dans une guerre en Ukraine qui dure depuis plus de quatre ans, la Russie déploie une action de repli complexe pour maintenir son emprise géopolitique. Partout dans le monde, de l’Amérique latine à l’Asie centrale, l’influence russe est soumise à une pression intense.
Même en Afrique de l’Ouest, où les forces russes interviennent, les intérêts de Moscou sont contestés. L’Arménie, qui a signé un accord de partenariat avec les États-Unis et qui a accueilli récemment des dirigeants européens, dont le président ukrainien Volodymyr Zelensky, est devenue un point de friction majeur.
« Bien entendu, nous sommes profondément préoccupés par la politique des autorités arméniennes de rapprochement avec la communauté euro-atlantique dont la politique centrale est dirigée contre Moscou », a déclaré Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères.

Les leviers économiques de Moscou
La dépendance de l’Arménie vis-à-vis de son voisin du Nord est historique et structurelle. Moscou a déjà imposé des interdictions temporaires sur d’importantes exportations arméniennes avant le scrutin. Le Kremlin suggère désormais que le pays pourrait être exclu de l’Union économique eurasiatique, un bloc commercial dirigé par la Russie.
Dmitri Medvedev, vice-président du Conseil de sécurité russe, est allé jusqu’à évoquer des menaces personnelles à l’encontre du Premier ministre arménien. Pour le Kremlin, il s’agit d’empêcher une contagion dans d’autres anciennes républiques soviétiques. La crainte d’un effet domino pousse Vladimir Poutine à agir avec une grande agressivité pour garder l’Arménie sous sa coupe.
Les analystes russes soulignent que la Russie fait face à une tentative concertée de l’Occident visant à l’évincer de la région du Caucase du Sud. Dans ce contexte, l’adaptation de la stratégie russe, en misant davantage sur le « soft power » et les leviers économiques, devient un enjeu prioritaire pour le Kremlin.
Un isolement géopolitique grandissant
La situation en Arménie met en lumière l’incapacité de Moscou à soutenir ses alliés traditionnels. Malgré la hausse des prix du pétrole qui offre un répit temporaire à l’économie russe, l’impuissance de la Russie se fait sentir. À La Havane comme à Caracas, l’aide russe demeure symbolique.
En Europe, le paysage devient de plus en plus hostile pour les intérêts russes. Le départ de Viktor Orban du pouvoir en Hongrie et les pressions exercées sur la Serbie pour limiter les entrées sans visa des citoyens russes confirment cette tendance. Moscou craint également l’influence occidentale croissante en Asie centrale.
Pour l’Arménie, le dilemme est profond. Après avoir ressenti un abandon de la part du Kremlin lors des récents conflits au Nagorno-Karabakh, le pays cherche à diversifier ses alliances. Le scrutin à venir sera déterminant pour l’avenir de son orientation diplomatique. Le gouvernement devra naviguer entre le désir d’intégration européenne et les impératifs de sécurité nationale, tout en évitant une crise économique majeure provoquée par les mesures de rétorsion russes.


