MOSCOU, 3 juin (Le Parisien Matin) – L’ambassade de Russie à Paris exige la libération immédiate du capitaine du pétrolier Tagor, arrêté lundi par la marine française. Moscou dénonce une mesure illégale et un acte de piraterie, alors que la France accuse le navire de contourner les sanctions internationales sur le pétrole russe dans l’Atlantique.
L’arraisonnement du Tagor en question
L’opération s’est déroulée le 1er juin 2026 dans l’océan Atlantique, à environ 400 milles nautiques des côtes françaises. La marine nationale, appuyée par des moyens de surveillance britanniques, a intercepté le navire suite à des soupçons sur sa véritable identité. Selon le parquet de Brest, le bâtiment battait pavillon camerounais, une immatriculation jugée frauduleuse.
Le procureur Stéphane Kellenberger a confirmé qu’une enquête pénale a été ouverte à l’encontre du capitaine russe. Ce dernier est actuellement placé en détention, risquant jusqu’à un an d’emprisonnement et une amende de 150 000 euros pour avoir refusé de se soumettre aux injonctions navales et pour dissimulation de pavillon. La Russie, de son côté, rejette en bloc ces accusations.
La position ferme de Moscou
Pour le Kremlin, cette intervention constitue une entrave illégale au commerce maritime. Le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, a qualifié cette saisie d’acte de piraterie internationale. L’ambassade russe a déclaré :
« L’Ambassade a une fois de plus contacté le ministère français des Affaires étrangères, exigeant un accès consulaire immédiat au citoyen russe et sa libération rapide. »
Moscou affirme que ses expéditions pétrolières sont parfaitement légitimes. Le gouvernement russe soutient que le capitaine a été arrêté sur la base de fausses accusations visant uniquement à nuire à ses intérêts économiques. La Russie a d’ailleurs prévenu qu’elle se réserve le droit de prendre des mesures pour protéger sa flotte marchande face à ce qu’elle considère comme une guerre économique occidentale.

La stratégie européenne face à la flotte fantôme
Cet incident s’inscrit dans une politique européenne plus large visant à réduire les revenus russes finançant le conflit en Ukraine. Le Tagor est suspecté d’appartenir à la « flotte fantôme », un ensemble de navires vieillissants et mal assurés utilisés par Moscou pour exporter son pétrole malgré les plafonds de prix imposés par le G7 et l’Union européenne.
« Il est inacceptable que des navires contournent les sanctions internationales pour financer la guerre en Ukraine », a indiqué le président français Emmanuel Macron. Cette approche marque un changement tactique majeur : alors que les autorités se contentaient autrefois d’amendes, elles privilégient désormais le blocage physique des navires et la poursuite judiciaire des équipages pour dissuader toute récidive.
Des conséquences diplomatiques durables
Au-delà de la situation du capitaine russe, le dossier révèle des liens complexes dans le secteur du transport maritime. Des analyses de données maritimes ont lié le Tagor à des réseaux liés à des intérêts iraniens, compliquant davantage le paysage géopolitique entourant cette saisie.
La France ne semble pas prête à céder sur ce point. Pour les autorités judiciaires brestoises, il s’agit de faire appliquer le droit maritime international. Le capitaine restera donc en détention durant la procédure, tandis que Moscou continue d’utiliser des canaux diplomatiques pour dénoncer ce qu’elle appelle un « nihilisme juridique européen ». L’avenir du navire, souvent abandonné par ses propriétaires anonymes après de telles saisies, pose également un défi environnemental et financier pour l’État français qui devra probablement gérer le déchargement de la cargaison et le démantèlement de la coque.


