ANKARA, 10 juin (Le Parisien Matin) – Le président Recep Tayyip Erdogan a exprimé mercredi une vive opposition concernant tout développement susceptible de nuire aux intérêts turcs, au lendemain de la signature d’un accord de défense entre la France et la République de Chypre.
Ce pacte prévoit l’accueil de troupes françaises sur le territoire chypriote, une initiative perçue par les autorités turques comme une provocation majeure.
Une escalade diplomatique en Méditerranée
Le président Erdogan a qualifié cet accord de défense d’acte dangereux visant à alimenter les tensions dans une zone géographique déjà sous haute surveillance. Selon le chef de l’État, cet accord militaire France-Chypre est perçu comme une manœuvre pour allumer un incendie de discorde, notamment sur l’île divisée. La réaction turque ne s’est pas fait attendre, avec une mise en garde explicite adressée à Paris et à Nicosie.
« Nous assistons aujourd’hui à une tentative de semer la discorde en Méditerranée, et plus particulièrement sur l’île de Chypre », a déclaré le président turc Recep Tayyip Erdogan.
Le dirigeant turc a affirmé que si les droits et les lois de la Turquie et des Chypriotes turcs étaient menacés dans la Méditerranée orientale, la réponse de son pays serait très claire et très sévère. Cet accord militaire France-Chypre cristallise les inquiétudes d’Ankara quant à l’équilibre des forces sur l’île. De son côté, le Premier ministre de la République turque de Chypre du Nord a qualifié l’initiative d’étape extrêmement erronée, déstabilisant la sécurité régionale.
La portée réelle de l’accord militaire France-Chypre
Le gouvernement chypriote, représenté par le président Nikos Christodoulides, soutient que ce rapprochement renforce la coopération bilatérale. L’objectif officiel est de contribuer à une plus grande autonomie stratégique pour l’Union européenne. Lors d’une visite récente, le président Emmanuel Macron avait précisé que le cadre établi permettait d’accueillir des forces françaises pour des opérations humanitaires dans la Méditerranée orientale et au Moyen-Orient.
Cette signature survient dans un contexte de militarisation croissante. Plus tôt cette année, l’île a été visée par des drones iraniens, incitant Paris à déployer des capacités défensives. En parallèle, la Turquie a positionné six avions de chasse F-16 dans le nord de l’île. L’accord militaire France-Chypre s’inscrit donc dans une dynamique où chaque puissance cherche à protéger ses intérêts stratégiques.
Une Histoire divisée
L’île demeure coupée en deux depuis 1974. Le sud, reconnu internationalement et membre de l’UE, fait face au nord, la République turque de Chypre du Nord, soutenue uniquement par Ankara. Cet accord militaire France-Chypre ignore, selon les autorités du nord, la légitimité du partage de l’île. La présence de bases britanniques souveraines sur le territoire complète ce paysage militaire complexe, transformant l’île en un point de friction diplomatique majeur pour les puissances occidentales et régionales.


