BRUXELLES, 20 juin (Le Parisien Matin) – Les dirigeants de l’Union européenne se sont accordés jeudi lors d’un sommet à Bruxelles pour renforcer les mécanismes de défense commerciale du bloc.
Cette décision fait suite à une inquiétude croissante concernant l’afflux massif d’exportations chinoises, perçues par les instances européennes comme une menace existentielle pour l’industrie du continent.
Le déficit commercial de l’UE en matière de biens a atteint environ 360 milliards d’euros l’année dernière, un déséquilibre qui illustre la dépendance économique croissante vis-à-vis de Pékin. Les chefs d’État et de gouvernement ont ainsi chargé la Commission européenne d’élargir son arsenal législatif pour mieux protéger les intérêts européens tout en cherchant à maintenir un dialogue constructif avec les partenaires économiques majeurs.
Vers un renforcement des outils de défense
L’objectif central est de doter l’Union européenne de moyens plus efficaces pour contrer les pratiques commerciales jugées déloyales. Si le diagnostic est partagé par les 27 pays membres, les modalités précises restent en débat. Plusieurs pistes sont explorées, notamment la création d’un mécanisme permettant d’imposer des tarifs douaniers spécifiques à certains secteurs, comme la chimie ou les technologies vertes, en s’inspirant de modèles existant chez certains partenaires internationaux.
La Commission européenne travaille également sur un instrument de diversification pour forcer les entreprises à réduire leur dépendance vis-à-vis de sources d’approvisionnement uniques et critiques. Cette approche vise à sécuriser les chaînes de valeur européennes contre d’éventuels chocs d’approvisionnement ou des pressions exercées par des puissances étrangères.

Des positions nuancées au sein des États membres
Si la France s’est montrée très proactive, réclamant un équivalent européen des mesures de type « section 301 » pour protéger la souveraineté économique, d’autres capitales ont adopté une posture plus prudente. L’Allemagne, dont l’économie est fortement exposée aux marchés chinois, a longtemps hésité avant de se montrer récemment plus ouverte à de nouveaux outils, à condition qu’ils ne ciblent pas explicitement un pays en particulier.
L’Espagne, quant à elle, privilégie une approche pragmatique visant à préserver les investissements chinois tout en maintenant un équilibre commercial nécessaire. Le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, a rappelé la nécessité de la diplomatie lors des discussions :
« Nous avons besoin d’amis, nous avons besoin de relations équilibrées, nous avons besoin d’être pragmatiques, et nous avons besoin de construire des ponts à la fois avec les grandes économies et les alliés potentiels, comme la Chine ».
L’enjeu des subventions étatiques
Les préoccupations de Bruxelles reposent en grande partie sur l’écart de compétitivité généré par les aides publiques. Selon des données de l’OCDE, les entreprises chinoises ont reçu, entre 2005 et 2024, un soutien gouvernemental nettement supérieur à celui dont bénéficient les firmes au sein des pays membres de l’organisation. Cette distorsion de concurrence fausse le marché mondial, poussant les entreprises européennes à évoluer dans un environnement où les règles ne sont pas toujours les mêmes.
Le contrôle de la chaîne de valeur des minerais rares, essentiels aux technologies électroniques du quotidien, renforce également cette volonté d’agir. La question a d’ailleurs été largement abordée lors des récentes rencontres du G7 en France, soulignant une prise de conscience globale des économies occidentales face à la concentration de la production en Chine.
Le risque d’une escalade commerciale
Malgré la volonté de durcir le ton, l’Union européenne cherche à éviter à tout prix une guerre commerciale ouverte. Le risque de représailles est réel, comme l’a démontré l’imposition de taxes antidumping par Pékin sur le cognac européen après la décision de l’UE d’augmenter les droits de douane sur les véhicules électriques chinois.
La Commission européenne mise sur une approche graduée, combinant fermeté réglementaire et discussions diplomatiques. Une visite du ministre chinois du Commerce à Bruxelles est envisagée pour apaiser les tensions, bien que les détails de ces échanges restent confidentiels. Le défi pour les autorités européennes consiste désormais à naviguer entre la protection nécessaire de ses capacités industrielles et la préservation de ses relations commerciales internationales.


