PARIS, 26 juin (Le Parisien Matin) – Le pétrolier suspecté d’appartenir à la « flotte fantôme » russe, le Deliver, a été escorté jusqu’au golfe de Fos, au large de Marseille, ce vendredi. Cette opération intervient au lendemain de son interception par la marine nationale française dans les eaux internationales, à proximité de la Sicile.
Ce navire est le neuvième exemplaire de ces unités saisies en Europe depuis le début de l’année 2026, toutes soupçonnées de contourner les sanctions occidentales frappant le commerce pétrolier de Moscou.
Le navire, identifié sous le nom de Deliver, a attiré l’attention des autorités en raison de son statut juridique irrégulier. Selon une source militaire, le bâtiment naviguait sous pavillon camerounais alors qu’il avait été formellement radié du registre maritime du Cameroun plusieurs semaines auparavant. Cette situation de navire « apatride » a constitué une violation directe du droit maritime international, offrant à la France la base légale nécessaire pour intervenir, procéder à l’arraisonnement et détenir le navire.
Le Deliver est désormais placé sous haute surveillance dans le golfe de Fos. Il est tenu à la disposition du procureur de la République de Marseille, qui dispose d’une compétence spécialisée en matière d’infractions maritimes. Une enquête formelle a été ouverte pour le délit présumé de navigation sous faux pavillon. Afin de garantir l’intégrité des investigations, les autorités maritimes locales ont instauré une zone de sécurité stricte, interdisant la navigation dans un rayon de 500 mètres et le survol aérien dans un périmètre de 1,5 mille marin autour du pétrolier.
L’affaire du Deliver met en lumière les techniques sophistiquées utilisées par ces navires pour échapper aux contrôles. Ces bâtiments ont souvent recours à la pratique dite « d’extinction des feux », consistant à couper leur transpondeur SIA (Système d’identification automatique) après avoir quitté les ports russes, notamment Primorsk. Bien que destinée à dissimuler leur position, cette manœuvre alerte fréquemment les satellites militaires surveillant les mouvements suspects en mer.
Le recours au « changement de drapeau » constitue une autre tactique récurrente de ces flottes. Les navires changent rapidement de pavillon d’immatriculation naviguant sous les couleurs du Cameroun, du Gabon ou des îles Cook pour garder une longueur d’avance sur les listes noires internationales.
La réaction de Moscou ne s’est pas fait attendre. Par l’intermédiaire de l’agence de presse TASS, l’ambassade de Russie en France a qualifié cette saisie d’acte de piraterie. La représentation diplomatique a dénoncé une mesure
« illégale et inacceptable du point de vue du droit international ».
La gestion de ces pétroliers, souvent âgés de plus de 15 ans et opérant sans assurance formelle, représente un défi majeur. Les autorités européennes craignent qu’en cas de collision, aucune compagnie ne soit tenue financièrement responsable des dommages environnementaux engendrés par ces navires évoluant hors de tout cadre légal reconnu. L’enquête judiciaire marseillaise devra désormais établir l’étendue exacte des activités illégales du Deliver.


