BRUXELLES, 2 juillet (Le Parisien Matin) – L’Union européenne a lancé une vaste offensive économique pour réduire sa dépendance stratégique vis-à-vis de la Chine. Depuis Bruxelles, la Commission européenne a annoncé la fin des exemptions douanières pour les importations de faible valeur et son adhésion officielle à l’alliance technologique « Pax Silica », menée par les États-Unis.
Confronté à un déficit commercial massif atteignant environ 360 milliards d’euros, soit une moyenne d’un milliard d’euros par jour, le bloc européen amorce une stratégie de dérisquage économique accélérée.
Le frein aux colis e-commerce chinois
Pour protéger ses détaillants locaux d’une concurrence jugée déloyale et renforcer les normes de sécurité des produits, l’UE a supprimé l’exemption de droits de douane « de minimis » sur les petits colis de moins de 150 euros. Une taxe temporaire de 3 euros par classification douanière est désormais appliquée aux envois en provenance de pays hors UE, ciblant directement des géants comme Temu, SHEIN et AliExpress.
L’an dernier, environ 5,9 milliards de colis à faible valeur sont entrés dans l’UE sans droits de douane. Les analystes estiment que les plateformes chinoises représentaient jusqu’à 90 % de ce flux massif.
« Aujourd’hui, ce changement vise à restaurer l’équité pour les entreprises européennes et à mieux protéger nos consommateurs », a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.
Adhésion à l’alliance Pax Silica
Parallèlement à ces restrictions, la Commission européenne a rejoint la déclaration non contraignante Pax Silica. Cette coalition technologique, pilotée par Washington, vise à briser le monopole chinois sur les chaînes d’approvisionnement critiques. L’alliance coordonne désormais les contrôles à l’exportation et les co-investissements pour sécuriser les semi-conducteurs avancés, le matériel lié à l’intelligence artificielle (IA), les infrastructures énergétiques et les minéraux essentiels.
L’UE s’aligne ainsi sur un groupe incluant les États-Unis, le Royaume-Uni, le Japon, la Corée du Sud, l’Inde et l’Australie. Cette décision fait suite à des mois de débats internes, certains États membres craignant initialement une perte d’autonomie réglementaire. Washington a toutefois rassuré Bruxelles sur le caractère purement politique et non contraignant de cet accord.
Diversification des ressources énergétiques
Alors que la Chine contrôle 92 % des modules solaires mondiaux et plus de 80 % de la fabrication des éoliennes et des batteries, l’UE cherche activement des alliés alternatifs. Une délégation européenne a récemment rencontré des responsables canadiens à Montréal. L’objectif est de sécuriser les chaînes d’approvisionnement en énergies propres, notamment pour les composants de réseau et les terres rares indispensables aux secteurs de la technologie et de la défense.
La question cruciale des terres rares
La réduction de la dépendance aux minéraux critiques est un défi majeur. La Chine détient un quasi-monopole sur le raffinage des terres rares, contrôlant 91 % de la production mondiale. En 2025, l’UE a importé 47 % de ses terres rares et 98 % de ses aimants spécifiques depuis la Chine. Pour contrer cette vulnérabilité, des projets comme celui de Norra Karr en Suède reçoivent désormais des concessions d’exploitation pour extraire des ressources comme le dysprosium.
Si ces initiatives visent à bâtir une souveraineté européenne, elles soulèvent de nouveaux dilemmes. Certains experts avertissent que la diversification pourrait simplement déplacer le risque d’une dépendance envers la Chine vers une dépendance accrue envers les États-Unis, qui représentent déjà le deuxième fournisseur de l’UE. Bruxelles doit désormais trouver un équilibre délicat pour assurer sa résilience économique sans créer de nouvelles vulnérabilités structurelles.


