BRUXELLES, 4 août (Le Parisien Matin) – L’Union européenne a proposé dix milliards d’euros de financement public pour construire sept gigafactories d’intelligence artificielle afin de combler son retard face aux États-Unis et à la Chine, a annoncé récemment la Commission européenne.
Cette enveloppe devait attirer vingt milliards d’euros d’investissements privés supplémentaires et porter la valeur totale de l’écosystème à trente milliards d’euros.
Un financement public pour déclencher le privé
La Commission ouvrit un appel d’offres à destination des entreprises et des États membres. Le financement public de dix milliards d’euros, soit 11,4 milliards de dollars, devait servir de levier pour mobiliser 20 milliards d’euros, soit 22,8 milliards de dollars, de capitaux privés.
Chaque site devait combiner puces d’IA de pointe, piles logicielles, cloud, connectivité à haut débit et architecture économe en énergie pour entraîner la prochaine génération de modèles.
Sept usines quatre fois plus puissantes
Les entreprises purent soumissionner pour des usines devant héberger au moins 100 000 processeurs d’IA de dernière génération. Elles devinrent environ quatre fois plus puissantes que les centres de données actuellement exploités dans l’UE.
La puissance de calcul actuelle de l’Union, assurée par 19 centres de données d’IA répartis de la Finlande à l’Espagne, devait plus que doubler avec la mise en service des sept nouvelles usines.
La souveraineté technologique comme moteur
Les efforts de Bruxelles pour établir une souveraineté technologique gagnèrent en urgence face à la dépendance aux fournisseurs étrangers, décrite comme susceptible d’être militarisée contre les Européens.
Le président américain Donald Trump critiqua l’UE pour ses réglementations technologiques tandis que la Chine limita l’approvisionnement en minerais critiques pour le secteur.
« L’accès à l’échelle brute de puissance de calcul au sein des gigafactories d’IA est une nécessité stratégique pour l’Europe à mesure que le développement de l’IA s’accélère »
A déclaré Henna Virkkunen.

Une Europe distancée sur l’énergie
L’Europe resta loin derrière les États-Unis et la Chine dans les secteurs cruciaux pour le développement de l’IA, selon une évaluation de 2025 de la Réserve fédérale américaine. La Chine disposa d’une énorme capacité électrique pour les centres de données tandis que les États-Unis captèrent l’essentiel des investissements privés.
L’Europe ne fabriqua pas une grande partie des composants nécessaires et l’électricité dans l’UE put coûter le double ou le triple de ce qu’elle coûta aux États-Unis et en Chine, selon un rapport de la Commission présenté au Parlement européen en juin.
Le rapport lista les cinq principaux fournisseurs cloud du bloc comme tous américains et alerta sur l’exposition des données à un accès par des pays tiers et sur les risques pour la continuité des services et l’autonomie opérationnelle.
Les limites du modèle actuel
La société française Mistral exploita jusqu’ici l’un des plus grands centres de données d’IA de l’UE sur son campus à Paris. Elle développa l’assistant Le Chat mais ne parvint pas à suivre le rythme d’OpenAI, créatrice de ChatGPT, et de rivales chinoises comme DeepSeek.
Si le président français Emmanuel Macron alerta sur le manque d’entreprises d’IA locales, de profondes inquiétudes traversèrent le continent sur les perturbations économiques et la vie privée.
La Commission précisa que les produits d’IA développés avec le réseau devraient respecter les normes de l’UE en matière de protection des données, de sûreté, de sécurité et d’éthique, en référence au Digital Services Act et au Digital Markets Act.
Des infrastructures pour les acteurs européens
L’infrastructure visée fut destinée à fournir une puissance de calcul avancée aux startups européennes, aux PME et aux autorités publiques. Les secteurs cibles furent la santé, les transports et l’énergie.
Tous les systèmes devaient être développés conformément à l’AI Act européen.
En juin, 40 maires du monde entier signèrent un pacte visant à réduire l’impact négatif de la construction de centres de données d’IA sur les ressources naturelles, les prix de l’énergie et les objectifs climatiques de villes allant de Phoenix à Melbourne.
La Commission ouvrit officiellement l’appel d’offres. Dix pays de l’UE exprimèrent leur intérêt pour accueillir une gigafactory. La date limite de soumission fut fixée au 12 novembre.


