TÉHÉRAN, 16 juillet (Le Parisien Matin) – L’Iran a formellement demandé au mouvement houthi au Yémen de se tenir prêt à fermer l’accès à la mer Rouge. Cette directive fait suite aux récentes menaces émises par le président américain Donald Trump, qui a averti que les États-Unis pourraient cibler le réseau électrique et les installations énergétiques iraniennes. Selon trois sources proches du dossier ayant requis l’anonymat, cette stratégie vise à accroître la pression sur Washington en cas d’escalade militaire.
Préparatifs militaires dans le détroit
Les Houthis auraient déjà finalisé leurs préparatifs opérationnels. Des missiles et des drones ont été déployés près du détroit de Bab-el-Mandeb, point de passage crucial situé dans les hautes terres yéménites surplombant le golfe d’Aden et Hodeïda. Les forces rebelles attendent désormais le signal définitif pour engager des actions contre la navigation commerciale.
La chaîne de commandement reste étroitement liée à Téhéran. Des représentants du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), déjà présents sur le sol yéménite, conserveraient le contrôle décisionnel quant au moment opportun pour déclencher un blocage effectif.
Risques pour le marché pétrolier mondial
La fermeture de cette artère maritime représenterait une crise majeure pour l’approvisionnement énergétique. Depuis la fermeture du détroit d’Ormuz, effective depuis le déclenchement des hostilités le 28 février dernier, une partie significative du pétrole brut du Golfe est détournée vers la mer Rouge via des pipelines saoudiens.
La voie maritime de la mer Rouge transporte actuellement environ 7 % des approvisionnements énergétiques mondiaux. Une interruption simultanée des deux principaux points de passage de la région créerait une situation sans précédent sur les marchés pétroliers internationaux, aggravant les tensions déjà palpables depuis l’effondrement de la trêve fragile en juin dernier.
Vulnérabilité des infrastructures saoudiennes
L’Arabie saoudite se trouve en première ligne de cette menace. Le royaume a récemment réorienté près de 70 % de ses exportations pétrolières vers le port de Yanbu, situé sur la mer Rouge. Toute attaque directe contre cette infrastructure ou contre les navires transitant par le détroit paralyserait cette alternative logistique essentielle.
Les sources régionales proches de Riyad confirment que les autorités saoudiennes prennent ces avertissements très au sérieux. Elles notent une coordination accrue entre Téhéran et les rebelles yéménites, ces derniers ayant récemment rompu une trêve de quatre ans en tirant des missiles vers l’Arabie saoudite en réponse à des frappes aériennes sur un aéroport sous leur contrôle.
Facilité d’interruption du trafic
Pour les experts en renseignement, la fragilité du détroit de Bab-el-Mandeb constitue un risque permanent. Contrairement aux grandes opérations militaires, la perturbation du trafic marchand ne nécessite pas un armement sophistiqué, comme le souligne une source régionale :
« N’importe qui disposant d’un fusil en état de tir peut perturber le transport maritime. Pas besoin de missiles sophistiqués pour perturber le transport maritime. »
Cette stratégie s’inscrit dans la doctrine de l’Iran, qui utilise son « Axe de la Résistance » incluant le Hezbollah au Liban et des groupes armés irakiens pour mener une guerre par procuration et peser sur l’économie mondiale. Si les Houthis n’avaient pas encore formellement rejoint les hostilités directes, cette nouvelle directive marque une étape supplémentaire dans l’internationalisation du conflit entre Téhéran et Washington.
Escalade diplomatique et militaire
La situation reste explosive. Les observateurs craignent que toute frappe américaine contre les infrastructures énergétiques iraniennes ne serve de déclencheur à une réponse asymétrique dévastatrice. Les entreprises de transport maritime, qui avaient déjà dû détourner leurs cargaisons autour de l’Afrique lors des attaques précédentes, pourraient être contraintes de reprendre ces routes plus longues et onéreuses, augmentant mécaniquement les coûts de l’énergie à l’échelle mondiale.
Le gouvernement iranien et les porte-paroles houthis n’ont pas encore répondu aux sollicitations officielles concernant ces instructions. En attendant, la région observe une montée en puissance des effectifs militaires autour des points de transit stratégiques, confirmant la crainte d’un conflit durable et étendu.


