BRUXELLES,16 juillet (Le Parisien Matin) – L’Union européenne et des donateurs internationaux ont réuni un fonds de 900 millions d’euros pour financer la reconstruction de Gaza lors d’un sommet diplomatique tenu le lundi 13 juillet, mais les responsables européens reconnaissent que les opérations restent impossibles sans une levée des restrictions d’accès imposées par Israël.
Un financement face aux besoins réels
Ce paquet financier, baptisé initiative Équipe Gaza, a été présenté par la commissaire européenne pour la Méditerranée, Dubravka Šuica, aux côtés du Premier ministre palestinien Mohammad Mustafa. Les fonds visent à financer le déblayage des décombres, la remise en état des installations sanitaires et la restauration des infrastructures d’eau et de santé.
Ces engagements demeurent faibles comparés aux évaluations conjointes de l’Organisation des Nations Unies, de la Banque mondiale et de l’UE. Les institutions estiment le coût total de la reconstruction de Gaza à plus de 71 milliards de dollars sur dix ans, dont 26,3 milliards de dollars indispensables pour couvrir les besoins d’urgence durant les dix-huit premiers mois.
Le blocage des matériels de chantier
L’acheminement des fournitures se heurte à la liste israélienne des biens à double usage. Israël restreint ou interdit l’entrée des matériaux susceptibles de servir à des fins militaires ou à la construction de tunnels.
Cette réglementation bloque l’importation de béton, de ciment, d’acier de construction, de poutres en bois et de tuyaux en fonte. Les composants industriels comme la résine époxy, la fibre de verre et les isolants en polyuréthane sont également proscrits. Les équipements technologiques, incluant le matériel de télécommunication, les générateurs électriques et les pièces détachées d’engins lourds, ne peuvent franchir les points de passage sans autorisation explicite.
Les exigences politiques des donateurs
Les bailleurs de fonds internationaux conditionnent le versement des sommes à la mise en œuvre de réformes administratives et anti-corruption au sein de l’Autorité palestinienne. L’UE souhaite voir une Autorité palestinienne unifiée gérer l’enclave, une option à laquelle le gouvernement israélien s’oppose.
Parallèlement, les États-Unis soutiennent la création d’un comité administratif de technocrates indépendants, le Comité national pour l’administration de Gaza. Organiquement prévu pour gérer le territoire, ce groupe travaille depuis Le Caire en raison du refus d’Israël d’autoriser ses membres à pénétrer dans la bande de Gaza.

La question centrale de l’accès
La fermeture des frontières terrestres, maritimes et aériennes maintenue par Israël paralyse la logistique humanitaire et technique.
« Pour être honnête, le problème clé est l’accès à Gaza. »
Cette déclaration de Dubravka Šuica résume le blocage auquel se heurtent les diplomates européens. De son côté, le Premier ministre palestinien Mohammad Mustafa soutient qu’aucune avancée durable n’interviendra sans le retrait complet des forces armées israéliennes du territoire palestinien.
Débats diplomatiques et sanctions
En dépit de la proclamation d’un cessez-le-feu, plus de 1 100 personnes ont perdu la vie sous des frappes aériennes et des tirs d’artillerie israéliens répétés, tandis que les mouvements de troupes réduisent l’espace accessible à la population.
Les ministres des Affaires étrangères de l’UE ont débattu d’une interdiction totale des importations en provenance des colonies israéliennes illégales. Faute d’unanimité, les discussions ont été reportées au mois d’octobre. Si des sanctions individuelles ont été adoptées contre des colonistes violents avec l’appui de l’Allemagne, l’UE n’a pas ciblé les ministres d’extrême droite, contrairement au Royaume-Uni.
Divergences sur le rôle de l’UNRWA
Les soixante-cinq délégations présentes à Bruxelles, comprenant des représentants du Conseil de la paix du président américain Donald Trump, ont étalé leurs divisions concernant l’Office de secours et de travaux des Nations Unies. Les représentants américains ont qualifié l’agence de filiale du Hamas et demandé son exclusion de la relance.
À l’inverse, l’UE et le commissaire général par intérim de l’UNRWA, Christian Saunders, réaffirment le rôle indispensable de l’organisation pour dispenser les services publics de base. Les données de l’ONU indiquent que 60 % des familles gazaouies manquent d’eau potable et 86 % n’ont pas accès à des sanitaires décents. L’expert Hugh Lovatt souligne que la situation financière de l’Autorité palestinienne découle directement des sanctions israéliennes. De son côté, Martin Konečný estime pertinente l’implication de l’UE auprès du Conseil de la paix, à condition d’un contrôle strict des financements.


