PARIS, 16 juillet (Le Parisien Matin) – L’Alliance atlantique doit adapter d’urgence son modèle d’approvisionnement militaire face à l’essor des forces ukrainiennes dont la production de drones atteint des niveaux inédits pour faire face à l’industrie russe.
Lors de la Global Air and Space Chiefs Conference à Londres, le chef d’état-major adjoint du commandement aérien de l’OTAN, l’Air Chief Marshal Johnny Stringer, a lancé une alerte aux alliés. Il a exhorté l’Alliance à étudier l’architecture industrielle de Kiev, capable de fabriquer des appareils à bas coût à grande échelle.
L’évolution du conflit montre une accélération spectaculaire de la fabrication d’équipements non commandés, où la production de drones est devenue la priorité absolue.
« En 2022, l’Ukraine a produit 5 000 drones, de toutes sortes. En 2026, elle en produira, et je crains de ne pas pouvoir donner le chiffre exact, mais disons qu’il sera bien supérieur à 5 millions, de toutes sortes »
A déclaré l’Air Chief Marshal Johnny Stringer.
La capacité industrielle ukrainienne atteint désormais une base annuelle de 10 millions d’unités, avec un objectif de doubler cette cadence pour arriver à 20 millions d’engins grâce aux financements internationaux. Cette intense production de drones surpasse la capacité d’armement des partenaires occidentaux.
En comparaison, les lignes d’assemblage américaines ne fabriquent qu’environ 100 000 drones de combat par an, révélant un écart massif avec les besoins du front. Cette faiblesse de l’industrie traditionnelle contraste avec le rythme ukrainien. Cette montée en puissance dépasse largement les 800 000 appareils assemblés en 2023 et les 4 millions de systèmes produits en 2025.
L’adaptation urgente des doctrines de l’OTAN
Les responsables militaires occidentaux soulignent que les modèles traditionnels d’acquisition ne permettent plus de répondre aux exigences des engagements modernes. La soutenabilité des armées passe désormais par une production de drones massive. La priorité opérationnelle impose la masse matérielle sur l’exclusivité de systèmes coûteux, exigeant le déploiement de milliers de drones FPV pour saturer l’espace aérien.
Grâce à cette disponibilité, l’armée ukrainienne a réussi à étendre la zone de destruction sur le front, passant d’une profondeur de 20 kilomètres à 100 kilomètres.
Cette extension permet de couper systématiquement les lignes logistiques et les structures de commandement de l’adversaire. La défense contre ces vagues d’attaques ne peut plus reposer uniquement sur des missiles antiaériens coûteux, mais nécessite des réseaux intégrés de capteurs et d’intercepteurs économiques.

Les leçons du conflit au Moyen-Orient
Le conflit mené par les États-Unis en Iran montre la vitesse à laquelle les arsenaux d’armes de haute précision s’épuisent lors d’affrontements intensifs.
Les forces coalisées ont tiré plus de 11 000 munitions au cours des 16 premiers jours de cette campagne, représentant un coût estimé à 26 milliards de dollars selon le cercle de réflexion RUSI. Les opérations aériennes américaines ont entraîné la perte ou la détérioration d’au moins 42 avions, incluant des chasseurs F-35 et des appareils E-3 Sentry.
Durant les premiers jours des opérations en Iran, les forces alliées ont tiré plus de missiles Patriot que durant quatre années et demie de combats en Ukraine. Les dirigeants militaires appellent donc à redéfinir les priorités d’équipement pour privilégier la quantité disponible rapidement face à la saturation des attaques adverses.
L’alliance industrielle avec l’Europe
L’Ukraine transforme son statut de bénéficiaire d’aide en fournisseur de technologies de sécurité, soutenue par une production de drones en pleine expansion. Dans le cadre de l’initiative du contrat d’armement, Kiev a conclu un partenariat de défense avec l’Union européenne pour combiner ses innovations de combat avec la capacité industrielle lourde du continent.
En parallèle, l’OTAN lance son programme pour multiplier par cinq le nombre d’opérateurs formés d’ici 2027 et investir 40 milliards de dollars dans les technologies d’interception. L’Union européenne prépare également une enveloppe militaire de 10 milliards d’euros, intégrée dans un prêt global de 90 milliards d’euros, destinée à l’achat d’intercepteurs PAC-3 Patriot.
Sur le plan politique, le président Volodymyr Zelenskyy a procédé au limogeage du ministre de la Défense Mykhailo Fedorov en raison de désaccords avec le commandant en chef Oleksandr Syrskyi. Le dirigeant ukrainien a proposé la candidature de Serhii Koretskyi, dirigeant de Naftogaz, au poste de Premier ministre.

La riposte russe et la guerre électronique
Face à la dynamique de Kiev, la Russie déploie une stratégie de conversion industrielle étatique pour accélérer sa propre production de drones. La Russie vise une capacité annuelle de 14 à 15 millions de systèmes non commandés en transformant des centres commerciaux et des entrepôts agricoles en usines d’assemblage.
Cette réorientation a généré une hausse de 117 % de la production aéronautique russe, soutenue par l’assemblage continu de drones d’attaque à longue portée. Moscou planifie la fabrication quotidienne de 400 à 500 appareils du modèle Shahed pour engorger la défense antiaérienne adverse. Cette production de drones longue portée vise à paralyser l’arrière du front.
Pour encadrer cette montée en puissance, l’armée russe a créé une branche militaire dédiée spécifiquement aux troupes de systèmes non pilotés. Sur le plan technologique, la Russie conserve un avantage dans la neutralisation électronique des signaux radio sur la ligne de front.
Pour contourner ce brouillage, la production de drones ukrainienne intègre désormais le guidage par fil de fibre optique et la navigation terminale par intelligence artificielle. La campagne de frappes à longue portée menée par Kiev a déjà réussi à neutraliser environ 58 % de la capacité de raffinage pétrolier de la Russie.


