MEZOKERESZTES, 16 août (Le Parisien Matin) – Un autocar polonais transportant 57 passagers et deux conducteurs s’est renversé dans la nuit du samedi 15 au dimanche 16 août sur l’autoroute M3, causant la mort de 12 personnes.
L’accident, survenu vers 1h00 du matin à 140 kilomètres à l’est de Budapest, a constitué la pire catastrophe routière de ce type dans le pays depuis plus de 20 ans.
Le bus de 24 tonnes immatriculé en Pologne effectuait la liaison entre la Serbie et la Pologne avec un groupe de pèlerins. Il a soudainement quitté la chaussée à hauteur de Mezőkeresztes avant de finir sa course dans un fossé et de s’immobiliser sur le flanc.
Le bilan humain
Le bilan humain s’est alourdi dans les heures qui ont suivi le drame. Onze personnes sont décédées sur le coup et une douzième a succombé à l’hôpital.
Au moins 10 blessés graves et 37 blessés légers ont été recensés parmi les occupants. Cinq des blessés graves ont vu leur pronostic vital engagé. Ils souffraient de traumatismes crâniens sévères, de lésions internes et de fractures multiples provoquées par l’écrasement de la carcasse du bus.
Les 47 blessés ont été répartis en urgence dans trois hôpitaux de la région, principalement à Miskolc, Eger et Budapest pour les cas nécessitant une neurochirurgie immédiate. Une cellule d’aide médico-psychologique polonaise a été déployée dans les hôpitaux pour prendre en charge les survivants en état de choc.
Quatorze ambulances et d’importantes équipes de pompiers ont été dépêchées sur place dans la nuit. Les secours ont dû extraire plusieurs passagers piégés sous la carcasse du bus à l’aide de grues.
Les autorités sanitaires ont précisé l’état critique des victimes hospitalisées.
« Cinq des blessés graves luttent toujours pour leur vie »
Ont indiqué les autorités sanitaires.
Les patients en soins intensifs n’ont pas pu être déplacés. Ils sont restés hospitalisés en Hongrie jusqu’à la stabilisation complète de leurs fonctions vitales.
L’enquête sur les causes
Selon les premiers éléments de l’enquête policière transmis par la presse hongroise, « le chauffeur se serait endormi au volant ». Le conducteur survivant qui se trouvait au volant au moment des faits a immédiatement été placé en garde à vue par les autorités locales.
Les tests d’alcoolémie et de stupéfiants se sont révélés négatifs. Les premiers examens techniques ont montré que le bus n’a pas freiné avant de quitter la route, ce qui a confirmé l’absence de réaction du conducteur face à la trajectoire.
La piste de la fatigue extrême et du micro-sommeil est restée la thèse officielle privilégiée par les enquêteurs. Le procureur a poursuivi l’audition du chauffeur.
Le Premier ministre hongrois a exprimé ses « condoléances sur les réseaux sociaux », a déclaré Péter Magyar. De son côté, le Premier ministre polonais a annoncé « l’envoi immédiat d’un avion spécial transportant des équipes médicales et consulaires », a précisé Donald Tusk.
L’appareil médicalisé s’est posé à Budapest avec à son bord des médecins militaires, des infirmiers urgentistes et des diplomates pour fluidifier les démarches. Les passagers indemnes ainsi que les blessés légers dont l’état a été jugé « transportable » par les médecins devaient être rapatriés vers la Pologne par vagues successives dès le soir même.
Une tragédie révélant les risques du transport longue distance
Ce drame dépasse le simple fait divers routier. Il met en lumière une équation que les compagnies de transport de pèlerins connaissent bien : des trajets de plus de 1000 kilomètres, des horaires nocturnes pour éviter les bouchons, et une pression économique qui pousse à rouler avec deux chauffeurs seulement pour 57 passagers.
La Hongrie n’avait pas connu une telle hécatombe sur autoroute depuis 2003. Que l’accident se soit produit sur la M3, un axe rectiligne, bien entretenu et peu accidentogène en temps normal, renforce la thèse de l’erreur humaine liée à la fatigue.
L’absence totale de trace de freinage est, pour les experts, le signe le plus inquiétant : elle exclut une tentative d’évitement ou une défaillance mécanique brutale.
L’affaire pose aussi la question du contrôle des temps de repos dans le transport international de voyageurs. Sur un trajet Serbie-Pologne via la Hongrie, les temps de conduite cumulés explosent vite. Même avec deux conducteurs, le sommeil en cabine n’est jamais récupérateur.
Les tests négatifs à l’alcool et aux stupéfiants orientent l’enquête vers une responsabilité systémique plus que individuelle.
Enfin, la réponse diplomatique a été remarquablement rapide. L’envoi d’un avion médicalisé polonais quelques heures seulement après les faits montre comment Varsovie gère désormais ses diasporas en déplacement.
C’est aussi un signal politique : Péter Magyar et Donald Tusk ont tous deux intérêt à afficher une gestion solidaire et efficace, alors que les accidents de cars de pèlerins restent un sujet sensible dans l’opinion polonaise.


