PARIS, 16 août (Le Parisien Matin) – Florent Manaudou a reçu un jubilé émouvant samedi en marge des championnats d’Europe de natation, deux jours après avoir annoncé sa fin de carrière. Il s’est dit heureux de pouvoir dire au revoir au public français à la Défense Arena.
Les larmes avant la cérémonie
Interrogé sur ses émotions, il a dit avoir pleuré dès l’hôtel, trois heures avant.
« Houla ! L’émotion a commencé il y a 3-4 heures à l’hôtel quand j’ai fait une interview sur ma fin de carrière. Après j’ai pris ma douche et j’ai commencé à pleurer pendant 3-4 heures d’affilée. C’est étonnant de dire adieu comme ça, mais c’était génial de pouvoir le faire en France avec le public français. Je n’ai pas eu beaucoup l’occasion de faire des compétitions en France, j’ai eu les championnats d’Europe en 2012 à Chartres et les Jeux olympiques. Je suis trop content de pouvoir dire au revoir ici après toutes ces années. J’avais aussi des choses à dire à mes parents devant tout le monde, je voulais qu’ils soient présents parce qu’ils sont toujours assis dans les tribunes, mais c’est grâce à eux, grâce à mes proches, grâce au public que j’ai fait une carrière comme ça. »
A raconté Florent Manaudou.
Il a situé sa prise de décision après les Jeux de Paris, entre Saint-Dizier et un séjour en Australie.
« J’ai eu des hauts et des bas. Après le clapping des JO à la Défense Aréna, j’ai fait une compétition à Saint-Dizier… Ce n’était pas la même natation, donc je me suis dit : “ C’est ça qu’on vit au quotidien ” J’ai arrêté de m’entraîner à ce moment-là. En janvier, j’étais en Australie et je me suis dit : “ Il me reste un peu d’énergie, est-ce que je n’irais pas jusqu’à Los Angeles ? ” Et puis les mois passent et les envies passent aussi, j’avais envie de faire autre chose. J’ai envie d’être utile, je ne sais pas encore comment, mais je n’ai pas envie forcément de gratter des centièmes dans un bassin, j’ai envie de donner de l’amour et du bonheur et des sensations aux gens autrement. »
A expliqué Florent Manaudou.

L’homme avant le performeur
Sur son héritage, il a mis l’humain avant les titres.
« J’aimerais qu’on retienne plus l’homme que le performeur. J’espère avoir donné des bonnes ondes aux équipes de France, j’espère avoir été un bon capitaine, un bon leader sur la fin et avoir prouvé qu’on pouvait prendre du plaisir et être heureux tout en performant, je pense que c’est ça qui est important. »
A déclaré Florent Manaudou.
Son titre olympique de Londres ne reste pas son souvenir le plus fort.
« Pas forcément. C’était un super moment, mais honnêtement je ne me rappelle pas trop. Je crois que je me rappelle plus ce que j’ai vu à la télé que de mes propres sensations. J’ai des bribes quand je vois l’image de ma sœur qui m’enlace, quelques bribes de la chambre d’appel, mais la course en elle-même je ne me rappelle pas. J’étais plus stressé par le fait de devoir répondre aux journalistes en anglais après, que par ma finale ! Donc c’était un super moment mais je crois que mes meilleurs moments, c’était hors bassin, la flamme, le fait d’être porte-drapeau, d’avoir été choisi par les athlètes, de représenter les athlètes. Tout ça, ces moments de stage, de dur labeur, de soirée aussi où on s’est régalé avec les copains… Le moment où on est sur le podium, où on fait la course, c’est vraiment une infime partie de notre carrière. On ne peut pas se construire par rapport à ça, on se construit par rapport à tout le reste. Et quand je vois les yeux humides de mes proches tout à l’heure, c’est ça qui me fait vivre. », a confié Florent Manaudou.
Il a cité la flamme, son rôle de porte-drapeau et les moments de vie collective. Il a estimé que la course et le podium ne représentent qu’une infime partie d’une carrière.
La sortie parfaite d’un capitaine à contre-courant
Le choix de Paris pour tirer le rideau n’a rien d’anodin. Manaudou a toujours été un nageur paradoxal : star mondiale du 50 m, discipline la plus exposée et la plus solitaire, mais homme d’équipe viscéral. En offrant son jubilé à la Défense Arena, là où il avait vécu le clapping le plus bruyant de sa carrière, la fédération a compris qu’il fallait refermer la boucle là où l’émotion avait été la plus brute.
Ce qui frappe dans ses propos, c’est l’absence totale de nostalgie chronométrique. Aucun temps, aucun record, aucun centième cité. Pour un sprinteur dont toute la vie s’est jouée à 21 secondes, c’est révélateur. Il ne parle que de tribunes, de parents, de copains, de flamme. Il acte une rupture culturelle dans la natation française : la génération Marchand-Moluh, qu’il a côtoyée à Paris, ne se construit plus uniquement sur la souffrance silencieuse du carnet d’entraînement.
Son aveu sur Saint-Dizier est le plus lucide. Beaucoup de champions prolongent par peur du vide. Lui a vu le quotidien sans paillettes juste après les Jeux et a compris que le costume était devenu trop étroit. La tentation de Los Angeles évoquée depuis l’Australie n’était pas une ambition sportive, c’était une dernière vérification. En renonçant, il évite le piège de la saison de trop qui aurait abîmé son image de leader joyeux.
En voulant qu’on retienne l’homme avant le performeur, il impose un récit rare. Dans un sport où l’on glorifie l’abnégation, il revendique le plaisir comme méthode de performance. C’est son vrai legs.


