PARIS, 21 août (Le Parisien Matin) – Gabriel Attal a été ciblé les 12 et 19 août par deux nouvelles opérations de désinformation liées à l’ingérence russe dans la campagne présidentielle. Le candidat Renaissance a fait l’objet de fausses informations sur sa santé et d’accusations de corruption.
Deux attaques ciblées en plein mois d’août
Une source proche du dossier a indiqué vendredi que « dix faux reportages et fausses unes de presse » ont été diffusés sur les réseaux sociaux.
Ces contenus visaient à répandre des informations erronées sur l’état de santé de l’ancien Premier ministre et à porter de « fausses accusations de corruption » contre lui.
Une vidéo générée par intelligence artificielle a également circulé. Elle montrait une projection de caricatures de l’ancien Premier ministre sur le Panthéon à Paris, accompagnée de messages injurieux.
Interrogé, Gabriel Attal n’a pas souhaité réagir.
Le mode opératoire Matriochka
Au total, quatre opérations ont visé le candidat depuis début août. Il a déjà déposé plainte.
Ces opérations ont été imputées au mode opératoire prorusse baptisé Matriochka, actif depuis 2023.
Le procédé s’appuie sur la publication de faux contenus diffusés de manière coordonnée, puis relayés par des utilisateurs interpellant directement des médias pour qu’ils traitent les fausses informations.
Ces faux contenus usurpent l’identité visuelle de médias établis, dont l’AFP.
Le collectif Antibot4Navalny, qui traque les opérations d’influence liées à la Russie, a estimé que l’audience était gonflée artificiellement. Il l’évalue à « quelques centaines de vues organiques (consultation de contenus obtenue de façon spontanée sans publicité payante) par vidéo », selon Antibot4Navalny.
Une enquête élargie à d’autres candidats
Le parquet de Paris a annoncé mardi avoir ouvert une enquête pour soupçons d’ingérence numérique étrangère.
La procédure, confiée à la section de protection des libertés fondamentales, visait également l’ancien Premier ministre Edouard Philippe et l’eurodéputé Raphaël Glucksmann.
Le réseau Storm-1516, distinct de Matriochka, a été identifié pour les attaques contre ces deux personnalités. Il aurait diffusé des documents contrefaits sur la santé d’Edouard Philippe et une fausse vidéo impliquant la compagne de Raphaël Glucksmann, Léa Salamé.
Gabriel Attal a dénoncé l’objectif de ces manœuvres. Selon Gabriel Attal, Moscou cherche à « voler l’élection aux Français ».
La saturation comme arme politique
Au-delà des cas individuels, l’intérêt de cette séquence réside dans le changement d’échelle. Matriochka ne cherche plus seulement à faire croire à une rumeur, mais à épuiser les défenses.
La tactique est cynique. En usurpant des unes de presse régionale et en bombardant les rédactions de signalements, le réseau force les journalistes à vérifier, démentir, puis expliquer. Chaque démenti offre une seconde vie à la fausse information.
L’usage de l’IA pour simuler une projection sur le Panthéon marque aussi une sophistication visuelle. L’image est fausse, mais crédible et spectaculaire, donc virale. Elle vise l’émotion plus que la conviction.
Enfin, le ciblage simultané de trois candidats pro-ukrainiens montre une doctrine : fragiliser les profils les plus atlantistes avant même l’ouverture officielle de la campagne.


