ALPES-MARITIMES, 21 août (Le Parisien Matin) – Le Sud-Est de la France a été frappé dans la nuit de jeudi à vendredi par de violents orages après près de trois mois sans pluie. L’épisode, survenu après plus de 50 jours de canicule, a battu des records de précipitations pour un mois d’août et a provoqué des évacuations de campings, des coupures d’électricité et des perturbations aériennes.

Des records de précipitations historiques

Environ 123 millimètres d’averses sont tombés dans les Alpes-Maritimes, selon La Chaîne Météo. La station de Levens a relevé 133,7 millimètres, surpassant le précédent record de 59,8 millimètres mesuré en 2023.

La Faurie, dans les Hautes-Alpes, a mesuré 94,4 millimètres, pulvérisant l’ancien record de 75 millimètres de juin 1993. D’autres cumuls de 122,8 millimètres et plus de 100 millimètres ont été observés du côté de Grasse.

Dans le Var, 75 à 80 millimètres sont tombés à Draguignan et Seillans. Les sols, rendus imperméables par la sécheresse, n’ont pas absorbé les volumes tombés en quelques heures.

Dans le Var, la préfecture a fait état d’une « importante activité électrique ». 1378 éclairs ont été recensés pour la seule nuit de jeudi à vendredi.

Les impacts de foudre ont déclenché des départs de feux à Roquebrune-sur-Argens, Barjols et Flayosc. Ils ont été rapidement maîtrisés par les pompiers.

Au plus fort des intempéries, 26 000 logements ont été privés d’électricité. Vendredi matin, il ne restait plus que 1 000 foyers coupés, notamment à Toulon, Sainte-Maxime, Claviers et Seillans. Une ligne électrique a été frappée à Cannes.

Poteau électrique et câbles au sol à Cannes avec pompiers à proximité après impact de foudre

Campings évacués et Corse balayée par les vents

À Pégomas, près de 200 vacanciers ont été évacués d’un camping sur ordre du préfet au titre du Plan de prévention des risques inondation. Ils ont été pris en charge dans des salles municipales.

Marc Combe a expliqué :

« On a évacué comme l’avait demandé la préfecture les campings qui étaient en zone sensible. Effectivement, comme les orages pouvaient être stationnaires et importants et que c’est une zone avec des vallons qui peuvent ruisseler énormément (…), on a fait évacuer le camping pour éviter une catastrophe et surtout une évacuation en catastrophe ».

À Antibes, 155 touristes ont été évacués préventivement. En Corse, plusieurs centaines de personnes en hôtellerie de plein air ont été mises à l’abri face à des rafales de 100 à 120 km/h.

En Corse, les transports aériens ont été perturbés et une trentaine de vols annulés. L’accès aux massifs et aux cours d’eau est resté interdit jusqu’à vendredi soir.

Dans les Alpes-Maritimes et le Var, placés en vigilance orages, la plupart des évènements festifs et sportifs ont été annulés. Les parcs et jardins ont été fermés, puis rouverts à Nice vers 10 heures vendredi.

La préfecture des Alpes-Maritimes a alerté sur X :

« Les passages orageux en cours pourront durer cette matinée avant de s’atténuer en milieu de journée. Des crues rapides peuvent survenir dans la matinée ou en début d’après-midi en fonction de la localisation des pluies, notamment sur le Var amont, le Var moyen et leurs affluents ».

Aucun « dégât majeur » n’était à déplorer en fin de matinée.

À Antibes, la baignade est restée interdite en raison des ruissellements.

« Des analyses sont en cours pour confirmer la bonne qualité des eaux de baignade ».

A précisé la municipalité d’Antibes.

Groupe de vacanciers avec lampes torches quittant des tentes sous une forte pluie la nuit

Un épisode méditerranéen brutal mais anticipé

Ce n’est pas la pluie en soi qui a surpris, c’est la bascule. Le Sud-Est sortait de près de trois mois sans une goutte et de plus de cinquante jours de canicule.

La terre s’était transformée en croûte. Dans ce contexte, 130 millimètres en quelques heures ne s’infiltrent plus, ils ruissellent. C’est le mécanisme classique des épisodes méditerranéens, mais poussé à l’extrême par la sécheresse préalable.

L’autre enseignement se situe dans la gestion du risque. Les évacuations de Pégomas et d’Antibes n’ont pas été décidées dans l’urgence d’une crue, mais en amont, au titre du PPRI.

Les préfectures ont manifestement retenu la leçon des orages meurtriers d’août 2022 en Corse. Mettre à l’abri 200 vacanciers dans des salles municipales à 2 heures du matin paraît disproportionné jusqu’à ce qu’on évite un drame.

Reste la vulnérabilité électrique et touristique. 1378 éclairs en une nuit, 26 000 foyers coupés, des feux de végétation allumés par la foudre puis éteints par la pluie : le réseau a tenu, mais de justesse.

Quant aux campings installés en zone inondable, l’épisode rappelle une contradiction structurelle du littoral : on continue d’accueillir en août, au plus fort du risque orageux, une population sous toile dans des vallons encaissés.

Sur le plan climatique, cet épisode ne relève pas de l’anomalie isolée. Les services de prévision décrivent un choc thermique entre air caniculaire au sol et air frais en altitude, une pile électrique qui alimente des cellules quasi stationnaires.

C’est exactement le scénario que les modèles projettent comme plus fréquent et plus intense en Méditerranée : des sécheresses plus longues, puis des précipitations plus concentrées.

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