KLEINHEUBACH, 21 août (Le Parisien Matin) – La princesse Anastasia de Löwenstein-Wertheim-Rosenberg, née princesse de Prusse et arrière-petite-fille de l’empereur Guillaume II, est décédée à 82 ans ce dimanche 16 août 2026.

Les drapeaux des châteaux de Kleinheubach, Laudenbach et Wertheim, résidences de la famille, ont été mis en berne. Le drapeau en berne sur le donjon de Wertheim alerta la population et le décès fut confirmé par le journal Fränkische Nachrichten.

Une descendante de Guillaume II et des tsars

Née le 14 février 1944, elle était la fille du prince Hubert de Prusse, troisième fils du dernier prince héritier d’Allemagne Guillaume, et de la princesse Magdalena Reuss-Köstritz, fille du prince Henri XXXVI Reuss de Köstritz.

Son prénom rendit hommage à son arrière-grand-mère, devenue grande-duchesse de Mecklembourg-Schwerin, née grande-duchesse Anastasia de Russie, petite-fille du tsar Nicolas Ier.

Avant son mariage, elle « choisit une profession qui révéla beaucoup de sa personnalité », écrivit Meine News.

Devenue institutrice, elle fut décrite comme,

« Douée, patiente et d’une attention empreinte de bienveillance, elle travailla dans un environnement exigeant proximité et sens des responsabilités. Elle conserva plus tard cette attitude dans sa vie de princesse. Pour elle, naître n’était pas un privilège, mais un devoir ».

écrivit Meine News.

En 1965, elle épousa le prince Alois Konstantin de Löwenstein-Wertheim-Rosenberg, alors héritier dynastique. Il devint le 9e prince à la mort de son père en 1990. La branche Rosenberg, catholique, est établie au château de Kleinheubach. La princesse s’investit auprès de la Croix-Rouge bavaroise dans le district de Miltenberg.

Le couple eut quatre enfants : Carl-Friedrich « Leo » (1966), Hubertus (1968), Christina (1974) et Dominik (1983). La princesse perdit sa sœur Christine dans un accident de voiture en 1966. Son fils aîné Leo, pilote professionnel, mourut à 43 ans lors d’une course d’endurance en 2010 à bord de son Aston Martin.

Dans sa notice nécrologique, Meine News souligna qu’« Anastasia était une mère d’une dévotion discrète mais inébranlable. Ses enfants étaient son guide, la raison quotidienne de voir le monde avec bienveillance ».

Concernant ses petits-enfants, le texte ajouta :

« Lorsqu’elle parlait d’eux, sa voix s’adoucissait. Elle adorait les avoir au château, comme un symbole que, malgré tous les revers, la vie continue ».

L’héritage de Rochefort et les liens belges

Le prince Alois Konstantin, cousin de la reine Paola de Belgique par sa mère Carolina dei Conti Rignon, entretint un lien particulier avec la Belgique. En mai 2023, il donna une conférence à Foy-Notre-Dame, près de Dinant, en présence du roi Albert II et de la reine Paola.

La famille régna sur la principauté de Rochefort, élevée au rang de principauté en 1711 pour Maximilien-Charles, avant d’en être dépossédée au profit des Stolberg à la veille de la Révolution, puis de changer son nom de Rochefort pour Rosenberg.

Chevalier de l’ordre du Saint-Sépulcre depuis 1971 et l’un des 51 chevaliers de l’ordre de la Toison d’or depuis 1996, le prince poursuivit ses engagements.

La région perdit une figure discrète, comme le résuma Meine News : « La région a perdu une femme dont la présence, bien que discrète, a marqué des générations ».

Le décès d’Anastasia de Prusse dépasse le simple fait divers nobiliaire. Il marque l’effacement d’une génération charnière, la dernière à avoir porté simultanément trois héritages aujourd’hui disparus : l’Empire allemand, la Russie tsariste et la haute noblesse médiatisée.

Contrairement aux figures médiatiques du Gotha, Anastasia incarna une aristocratie de l’effacement. Institutrice avant d’être princesse, engagée à la Croix-Rouge de Miltenberg plutôt que sur les tapis rouges, elle illustra la reconversion des maisons anciennement régnantes vers le social et le mémoriel.

Son parcours confirme une mutation observée chez les Hohenzollern et les Löwenstein : le devoir remplace le privilège.

Son mariage en 1965 unit deux logiques historiques opposées. Les Prusse, parvenus au sommet impérial, et les Löwenstein, branche morganatique des Wittelsbach devenue souveraine à Rochefort par alliance.

Le rappel de Rochefort n’est pas anecdotique en Belgique. Il ravive une mémoire féodale wallonne que la famille entretint jusqu’à la conférence de 2023 à Dinant.

Avec sa disparition, le château de Kleinheubach perd sa maîtresse de maison discrète, mais le symbole demeure : dans un paysage où les titres ne confèrent plus de pouvoir, l’autorité morale se mesure à la constance de l’engagement local.

Partager.